Puis elle répondit :

— Alors commence par venir dîner dimanche. Et cette fois, tu écouteras avant de juger.

Le dimanche suivant, Julien arriva chez sa mère avec un bouquet de pivoines blanches.

Les mêmes fleurs que celles qui décoraient le domaine le jour du mariage.

Claire ouvrit la porte. Elle ne le prit pas immédiatement dans ses bras. Elle le regarda simplement, laissant son fils mesurer le poids de ses erreurs.

— Tu as faim ? demanda-t-elle finalement.

Julien hocha la tête, les yeux humides.

— Oui, maman.

Ils dînèrent longtemps. Julien lui raconta ce qu’il avait ressenti, sa peur de ne pas être à la hauteur, son désir de construire une vie qui lui appartienne. Claire lui parla de sa propre solitude depuis la mort de Marc, et de la douleur de voir son fils s’éloigner sans pouvoir le retenir.

Ils ne réglèrent pas tout en une soirée. La confiance ne revient pas sur commande, même entre une mère et son enfant.

Mais ce soir-là, Julien fit le premier pas.

Quelques mois plus tard, l’enquête sur les opérations financières se poursuivait. Claire, elle, reprit ses habitudes, retrouva ses amis et recommença à voyager. Elle ne chercha jamais à se venger de Camille. Elle voulait simplement que la vérité soit établie et que justice soit faite.

Quant à Julien, il comprit enfin ce que son père avait voulu lui apprendre : l’argent peut révéler les intentions des gens, mais la peur et l’orgueil peuvent aussi nous empêcher de voir ceux qui nous aiment vraiment.

Un soir, en raccompagnant sa mère après un dîner, il s’arrêta devant sa voiture.

— Maman ?

— Oui ?

— Si je pouvais revenir en arrière, je ne te laisserais jamais seule sur ces marches.

Claire lui caressa la joue.

— Tu ne peux pas changer ce jour-là, mon fils. Mais tu peux choisir ce que tu feras de tous les jours qui viennent.

Il la serra dans ses bras.

Et cette fois, Claire ne repartit pas seule.