Camille ouvrit la porte d’entrée, puis se retourna vers les seize invités.

— Avant que quelqu’un parte, j’aimerais vous montrer quelque chose. Cela ne prendra que cinq minutes.

Julien leva les yeux au ciel.

— Tu vas encore nous faire une scène ? Franchement, tu deviens ridicule.

Monique croisa les bras.

— Laisse-la faire. Elle veut attirer l’attention depuis le début de la soirée.

Camille ne répondit pas. Elle posa une enveloppe épaisse sur la table, à côté du gâteau. Son fils Lucas s’approcha doucement d’elle. Elle lui prit la main et la serra.

— Mon chéri, tu peux aller dans ta chambre avec Sarah quelques minutes ?

Le garçon hésita, puis hocha la tête. Sarah l’accompagna, non sans lancer un regard glacial à Julien.

Camille sortit plusieurs documents de l’enveloppe.

— Il y a huit jours, j’ai reçu un courrier de ma banque. On m’y demandait de confirmer une demande de crédit immobilier que je n’avais jamais déposée.

Le sourire de Julien s’effaça légèrement.

— N’importe quoi. Tu as dû mal comprendre.

— C’est ce que j’ai pensé au début.

Elle étala les premières pages.

— Un emprunt de 185 000 euros. Garanti par notre appartement. Une demande dans laquelle mon nom apparaît, avec une signature qui ressemble à la mienne.

Un murmure parcourut le salon.

Julien se redressa.

— On en a parlé, Camille. C’était pour investir. Je comptais t’expliquer tout ça.

— Quand ? Après avoir engagé notre appartement sans mon accord ?

— C’est notre appartement ! J’ai le droit de prendre des décisions !

— Des décisions concernant notre patrimoine, peut-être. Pas de falsifier ma signature.

Cette fois, plus personne ne riait.

Camille sortit un second document, celui qui avait véritablement changé sa vie une semaine auparavant : un relevé bancaire détaillé.

Depuis près de deux ans, des sommes importantes avaient quitté leur compte commun. Au départ, il s’agissait de petits virements. Puis les montants avaient augmenté : 1 200 euros, 3 500 euros, parfois davantage.

Au total, plus de 64 000 euros avaient disparu.

— J’ai retrouvé les virements, poursuivit-elle. L’argent a été transféré vers un compte dont Monique est la bénéficiaire.

Monique pâlit.

— C’est faux !

— Le compte est à votre nom. J’ai les justificatifs fournis par la banque.

— Julien m’a demandé de garder cet argent temporairement ! Il m’a dit que tu étais d’accord !

Camille se tourna vers son mari.

Il évita son regard.

Et ce silence fut plus révélateur que toutes les explications qu’il aurait pu inventer.

— Maman, tais-toi, murmura-t-il.

— Ne me dis pas de me taire ! C’est toi qui m’as expliqué qu’elle ne vérifiait jamais les comptes !

Une invitée porta la main à sa bouche.

Camille sentit son cœur se serrer. Elle avait espéré, malgré tout, découvrir une erreur, un malentendu, quelque chose qui lui permettrait de sauver ce qu’elle avait construit pendant douze ans.

Mais les mots de Monique venaient de confirmer ce qu’elle redoutait.

Sa belle-mère n’avait pas seulement méprisé son travail et ses efforts. Elle avait participé à un arrangement financier qui se faisait dans son dos.

— Pourquoi ? demanda Camille d’une voix calme.

Monique regarda son fils avant de répondre.

— Julien avait des dettes. Il risquait de tout perdre. Je voulais aider mon enfant.

— Avec mon argent ?

— Tu gagnes bien ta vie ! Tu n’as jamais manqué de rien !

Camille eut un rire bref, sans joie.

— Vous avez raison. Je travaille beaucoup. Je paie les factures, les courses, les activités de Lucas. J’ai contribué à l’achat de cet appartement. Et pendant tout ce temps, vous avez décidé que mon argent était à votre disposition.

Julien frappa la table du plat de la main.

— Ça suffit ! Tu vas arrêter de parler comme si j’étais un criminel devant tout le monde !

Camille sortit alors une dernière feuille.

— Je ne suis pas là pour te qualifier de quoi que ce soit. Je suis là pour te prévenir que ma banque a suspendu le dossier de crédit et que mon avocate a transmis les éléments nécessaires pour protéger mes droits.

Julien fixa le document.

— Tu as pris un avocat ?

— Oui.

— Sans m’en parler ?

— Exactement comme tu as décidé de contracter un emprunt sans mon consentement.

Il ouvrit la bouche, puis la referma.

Camille poursuivit :

— Mon avocate a également demandé que toutes les opérations suspectes soient examinées. Je ne sais pas encore combien d’argent pourra être récupéré, mais je ne laisserai plus personne agir sur mes comptes sans mon autorisation.

Monique se leva brusquement.

— Après tout ce que nous avons fait pour toi, tu nous humilies devant nos amis !

Camille la regarda droit dans les yeux.