Claire prit le téléphone de Léa et observa attentivement les captures d’écran.

— Ces messages viennent de mon numéro ?

— Oui, maman. Mamie les montrait à tout le monde. Quand je lui demandais pourquoi il n’y avait plus d’argent pour les courses, elle me répondait que tu avais donné ton accord.

— Et tu l’as crue ?

Léa secoua la tête.

— Au début, oui. Puis j’ai remarqué que tu ne m’écrivais plus comme avant. Tu ne me demandais même plus comment se passaient mes examens. Mais quand j’essayais de t’appeler, mamie disait que tu étais trop occupée et qu’il ne fallait pas t’embêter.

Claire sentit ses yeux se remplir de larmes.

Elle avait appelé sa fille presque chaque soir pendant des mois. Pourtant, les dernières semaines, ses appels étaient devenus étrangement courts. Léa disait toujours qu’elle avait des devoirs, Julien prétendait qu’elle dormait déjà et Monique répétait que tout allait parfaitement bien.

Claire avait cru que sa fille grandissait et souhaitait simplement davantage d’indépendance.

En réalité, Léa essayait de protéger tout le monde.

— Tu n’aurais jamais dû avoir à porter tout ça toute seule, murmura Claire.

Elle serra sa fille contre elle. Léa résista une seconde, puis éclata en sanglots dans ses bras.

Julien détourna le visage.

— Je suis désolé.

Claire le regarda longuement.

— Tu as le droit d’avoir peur, d’avoir honte, de te sentir diminué. Tu as le droit de ne pas supporter ta situation certains jours. Mais tu n’avais pas le droit de laisser notre fille devenir ton aide-soignante en secret.

— Je sais.

— Non, Julien. Tu commences seulement à comprendre.

Elle se releva et sortit son téléphone.

La première chose qu’elle fit fut d’appeler Sandrine.

L’ancienne aide à domicile décrocha après quelques sonneries.

— Claire ? Tout va bien ?

— Je suis rentrée. J’ai besoin de comprendre pourquoi vous avez arrêté de venir.

Sandrine marqua une pause.

— Monique m’a expliqué que Julien ne voulait plus de mes services et que vous aviez décidé de réduire les dépenses. Elle m’a même envoyé un message présenté comme venant de vous.

Claire ferma les yeux.

— Vous avez encore ce message ?

— Oui, je l’ai conservé.

— Pouvez-vous me l’envoyer ?

Quelques minutes plus tard, Claire reçut la capture d’écran. Le message ressemblait aux autres : poli, précis, convaincant.

Mais le numéro utilisé n’était pas celui de Claire.

Quelqu’un avait créé une confusion entre plusieurs coordonnées et s’était servi de son nom pour faire croire qu’elle avait donné des instructions.

Claire sauvegarda toutes les preuves.

Puis elle appela le médecin de Julien, expliqua la situation et demanda une réévaluation rapide de ses besoins à domicile. Elle contacta également le lycée de Léa afin de signaler les difficultés rencontrées par sa fille et de trouver des solutions pour rattraper les cours manqués.

Elle ne pouvait pas effacer les trois derniers mois, mais elle pouvait empêcher qu’un jour de plus ressemble aux précédents.

Le lendemain, Claire découvrit l’ampleur réelle des dépenses.

Les 14 600 euros correspondaient à un forfait comprenant les vols, l’hébergement et plusieurs activités pour dix personnes. D’autres sommes avaient été prélevées sur le compte familial sous couvert de frais médicaux et d’achats domestiques.

Certaines dépenses étaient justifiées. D’autres ne l’étaient pas du tout.

Elle rassembla les relevés, les messages, les factures et les documents bancaires, puis prit rendez-vous auprès de sa banque pour sécuriser les accès au compte. Elle fit également opposition aux moyens de paiement concernés et demanda une vérification des opérations contestées.

Lorsqu’elle contacta Monique, celle-ci répondit depuis son hôtel à Dubaï.

— Claire ! Pourquoi tu m’appelles à cette heure-ci ? Tout va bien à la maison ?

— Non. Et tu le sais.

Un silence.

— Qu’est-ce que Julien t’a raconté ?

— Je n’ai pas besoin qu’il me raconte quoi que ce soit. J’ai vu le réfrigérateur, son état de santé et ma fille. J’ai également découvert les 14 600 euros.

Monique soupira avec agacement.

— Oh, ne commence pas. C’était un voyage familial. Tout le monde avait besoin de souffler après ces derniers mois.

— Avec l’argent que je versais pour les besoins de mon mari et de ma fille ?

— Tu gagnes bien ta vie, Claire. Et nous avons énormément aidé Julien.

— Alors montre-moi les factures de cette aide.

Monique resta silencieuse.

Claire poursuivit :

— Qui a payé les courses ? Qui a financé les médicaments ? Qui a accompagné Julien à ses rendez-vous ? Et pourquoi Sandrine a-t-elle été renvoyée en mon nom ?

— Je ne vais pas me justifier pour chaque décision que je prends !

— Tu n’as pas à te justifier pour chaque décision. Tu dois te justifier pour l’argent que tu as pris et les messages que tu as falsifiés.

Le ton de Monique changea.