— Vous n’avez pas à décider de ce dont nous avons besoin.

Il resta immobile quelques secondes, puis hocha lentement la tête.

— Vous avez raison.

Je ne m’attendais pas à cette réponse.

— Mais vous allez tout de même devoir répondre à mes questions concernant les informations qui ont fuité.

— Je répondrai à toutes vos questions en présence d’un avocat.

Un silence tomba dans la pièce.

Elias esquissa un sourire presque imperceptible.

— Vous avez donc plus de bon sens que je ne le pensais.

— Et vous avez moins de manières que je ne l’espérais.

Je regrettai immédiatement mes paroles. Pourtant, Elias ne se mit pas en colère. Il me regarda quelques secondes avant de laisser échapper un bref rire, sans joie particulière.

— Voilà qui est intéressant.

On frappa à la porte moins de vingt minutes plus tard. Un médecin indépendant, accompagné d’une infirmière, examina Evan et ma jambe. Le poignet de mon frère nécessitait un contrôle radiologique et une immobilisation adaptée. Quant à moi, ma blessure, aggravée par de longues heures debout, demandait des examens et du repos.

Elias prit en charge les frais de cette première consultation. Je refusai qu’il me donne de l’argent directement, mais j’acceptai que le médecin nous explique les soins nécessaires. Il n’était pas question de laisser Evan souffrir pour préserver ma fierté.

Avant de partir, Elias se tourna vers moi.

— Demain, neuf heures. Mon bureau.

— Je viendrai avec un avocat.

— Faites comme vous le souhaitez.

Il s’arrêta sur le seuil.

— Mademoiselle Hayes, si vous êtes innocente, je veux le savoir. Si vous ne l’êtes pas, je le saurai aussi.

— Alors, cherchez des preuves. Pas des raisons de me soupçonner.

Il me regarda une dernière fois, puis disparut dans l’escalier.

Je refermai la porte et m’adossai contre elle. Mes jambes tremblaient.

Evan me prit la main.

— Adeline, tu crois qu’il va revenir ?

Je regardai les médicaments sur la table.

— Je ne sais pas. Mais demain, nous allons découvrir ce qu’il veut vraiment.

À neuf heures précises, je me présentai au siège de Baron Logistics, accompagnée d’une avocate recommandée par une association locale d’aide juridique.

Le bâtiment était immense, tout en verre sombre et en acier. Les employés se retournaient sur notre passage. Je portais mes vêtements les plus propres, et ma jambe me faisait encore mal à chaque pas.

Elias nous attendait dans une salle de réunion.

Sur la table se trouvaient plusieurs photographies, des relevés d’accès et des extraits de vidéosurveillance.

— Voici ce qui m’a conduit à vous soupçonner, expliqua-t-il.

Les images me montraient dans le couloir près de son bureau. Sur l’une d’elles, j’avais un sac de nettoyage à la main. Sur une autre, je passais devant une porte quelques minutes avant qu’un employé du service informatique n’accède à une zone sécurisée.

— Vous comprenez que cela puisse soulever des questions, poursuivit-il.

Mon avocate répondit avant moi :

— Cela justifie une enquête, pas une accusation définitive. Nous souhaitons connaître les éléments précis dont vous disposez et les conditions dans lesquelles ils ont été recueillis.

Elias acquiesça.

Il ne semblait pas apprécier qu’on lui résiste, mais il respecta la demande.

Nous examinâmes les horaires. Puis quelque chose attira mon attention : l’une des images me montrait à proximité du bureau à 2 h 14, alors que je me souvenais parfaitement avoir été affectée à l’aile ouest cette nuit-là.

— Cette vidéo a été enregistrée quel jour ?

— Mardi dernier, répondit Elias.

— Impossible. Mardi, je suis partie à deux heures parce que mon superviseur m’avait autorisée à accompagner mon frère à un rendez-vous médical le lendemain matin. J’ai signé le registre de sortie.

L’avocate demanda une copie du registre.

Elias fit appeler son responsable de sécurité.

Quelques minutes plus tard, celui-ci entra, visiblement nerveux.

— Monsieur, nous avons un problème avec les horodatages, expliqua-t-il. Une partie du système a été synchronisée avec un serveur de secours. Certaines images ont été décalées de plusieurs heures.

Elias se redressa.

— Pourquoi ne m’en a-t-on pas informé ?

— Nous pensions que cela n’affectait que les rapports internes.

L’avocate croisa les mains sur la table.

— Dans ce cas, ces images ne peuvent pas établir à elles seules la présence de notre cliente au moment où les informations ont été copiées.

Elias fixa les photographies.

Pour la première fois depuis que je l’avais rencontré, il semblait véritablement contrarié par ses propres conclusions.

Mais il restait une question : qui avait transmis les informations confidentielles ?

L’enquête interne se poursuivit avec des spécialistes indépendants. Ils examinèrent les journaux d’accès, les copies de fichiers et les communications professionnelles autorisées par les procédures applicables. Je ne fus ni interrogée seule sous pression ni obligée de signer une déclaration que je ne comprenais pas.