Claire attendit que Madeleine entre dans la chambre de Julien avant de se tourner vers Manon.

— Vous avez 2 minutes pour me dire la vérité. Pas celle qui vous arrange. La vérité.

Manon essuya ses joues.

— Mardi, Julien a signé une promesse de vente.

— Quelle vente ?

— Celle de votre maison.

Pendant quelques secondes, Claire ne bougea plus.

— C’est impossible. Cette maison m’appartient. Il ne peut pas la vendre sans mon accord.

— Il ne l’a pas vendue officiellement. Il a signé des documents préparatoires avec un intermédiaire. Madeleine lui avait dit qu’elle pouvait vous convaincre de signer ensuite. Il devait récupérer une partie de l’argent pour son entreprise, et moi…

Manon s’interrompit.

— Et vous ?

— Je devais recevoir 32 000 €.

Claire sentit son cœur accélérer, mais sa voix resta calme.

— Pourquoi cette somme ?

Manon baissa la tête.

— Pour ouvrir mon salon. Enfin, c’est ce qu’ils m’avaient promis.

— Qui, « ils » ?

— Julien et Madeleine.

Cette fois, Claire comprit pourquoi sa belle-mère avait insisté pour installer Manon chez eux. Ce n’était pas seulement une liaison dissimulée. C’était une alliance organisée au cœur même de son foyer.

— Et la grossesse ?

Manon posa ses deux mains sur son ventre.

— Je ne suis pas enceinte.

Claire la fixa.

— Vous avez donc menti à toute ma famille ?

— Madeleine m’a demandé de le faire. Elle disait que si Julien croyait que j’attendais un garçon, il finirait par quitter votre mariage et vous céder une partie de la maison pour éviter un scandale. Elle avait même préparé ce qu’elle voulait que je dise à vos filles.

— Et vous avez accepté ?

Manon éclata en sanglots.

— Au début, je pensais que Julien m’aimait vraiment. Puis j’ai découvert qu’il parlait de moi comme d’un moyen de vous faire céder. Quand j’ai compris qu’ils voulaient aussi votre maison, j’ai eu peur. J’aurais dû partir plus tôt.

Claire ne lui accorda ni pardon ni réconfort.

— Vous auriez dû partir avant de participer à ce plan.

Elle se dirigea vers la chambre.

Julien était réveillé, adossé à ses oreillers. Madeleine se tenait à son chevet, lui caressant la main comme lorsqu’il était enfant.

En voyant Claire, il tenta un sourire.

— Ma chérie…

— Ne m’appelle pas comme ça.

Son sourire disparut.

Claire posa son téléphone sur la tablette.

— Manon vient de m’expliquer les documents signés mardi. Elle m’a également parlé des 32 000 € et de cette grossesse qui n’existe pas.

Madeleine se leva.

— Cette fille est une menteuse. Elle cherche à se protéger.

— Alors ce sera facile de vérifier.

Claire sortit les copies des relevés bancaires qu’elle avait téléchargés quelques jours auparavant, après avoir remarqué des mouvements inhabituels sur leur compte commun.

Plusieurs virements avaient été effectués vers un compte que Julien disait utiliser pour régler ses fournisseurs. Au total, 32 000 € avaient disparu en moins de 3 mois.

— J’ai appelé notre banque cette nuit, dit-elle. Les fonds ne sont pas tous partis vers tes fournisseurs. Une partie a été transférée sur un compte au nom de Manon.

Julien pâlit.

— Je voulais rembourser cet argent.

— Avec quel argent ? Celui de la vente de ma maison ?

— Claire, mon entreprise allait faire faillite ! J’avais des dettes. Je pensais pouvoir récupérer la situation avant que tu t’en rendes compte.

— Alors tu as choisi de voler notre épargne et de préparer la vente d’un bien qui ne t’appartient pas ?

— Je n’ai rien vendu !

— Parce que je ne t’ai pas encore donné mon accord.

Madeleine intervint, la voix tremblante de colère.

— Tu ne comprends pas ce qu’il a traversé ! Un homme qui échoue professionnellement perd toute sa dignité. Je voulais simplement l’aider à retrouver sa place.

Claire se tourna vers elle.

— En détruisant la mienne ?

— Tu as toujours tout eu ! La maison, un métier respecté, un salaire stable. Julien vivait dans ton ombre.

— Alors il aurait dû me parler. Pas installer sa maîtresse dans ma chambre d’amis et préparer mon expulsion de ma propre maison.

Julien se prit la tête entre les mains.

Il avoua finalement que son entreprise accumulait les dettes depuis près d’un an. Madeleine lui avait suggéré de faire entrer Manon dans leur vie, en prétendant qu’elle connaissait des investisseurs capables de l’aider. En réalité, Manon avait été choisie parce qu’elle était vulnérable, sans logement stable et désireuse de lancer sa propre activité.

Madeleine espérait qu’en faisant croire à une grossesse, Julien finirait par rompre avec Claire. Elle imaginait qu’un divorce obligerait le couple à négocier le partage de certains biens et que son fils pourrait récupérer suffisamment d’argent pour sauver son entreprise.