Je posai mon téléphone.
Il ne resta silencieux que quarante secondes.
— TU AS ANNULÉ ? écrivit mon père.
Puis Patricia :
— Mais tu es sérieuse ? On a déjà préparé nos affaires !
Luis appela immédiatement.
Je décrochai.
— Elena, qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il sans même me saluer.
— J’annule une réservation que j’ai payée pour un séjour auquel je ne participerai pas.
— Mais nous, on comptait dessus !
— C’est justement le problème, Luis. Vous avez compté sur mon argent sans me demander si je voulais payer.
— Tu exagères. On aurait pu te rembourser plus tard.
— Avec quel argent ? Et pourquoi aurais-je dû avancer dix-huit mille pesos pour des vacances que vous aviez organisées sans moi ?
Il resta silencieux.
— Écoute, reprit-il. Les enfants n’y sont pour rien.
— Je le sais. Je n’ai rien contre eux. Mais ce sont leurs parents qui doivent organiser leur garde, pas leur tante qu’on désigne derrière son dos.
— Tu vas vraiment nous laisser tomber pour une histoire d’argent ?
Je sentis mes yeux se remplir de larmes, mais ma voix resta calme.
— Ce n’est pas une histoire d’argent. C’est une histoire de respect.
Je raccrochai.
Le soir même, mon père m’appela.
Sa voix était dure.
— Tu nous as fait passer pour des idiots. Nous avons annoncé à tout le monde que nous partirions à Zacatlán.
— Vous auriez peut-être dû attendre d’avoir mon accord.
— Tu sais très bien que nous avons besoin de ces vacances.
— Et moi, papa ? Tu sais de quoi j’ai besoin ?
Il ricana.
— De quoi ? Tu vis seule, tu n’as aucune responsabilité. Tu peux faire ce que tu veux.
Ces mots me firent comprendre à quel point il ne me connaissait plus.
— C’est faux, papa. J’ai des responsabilités. J’ai un travail, des projets, une vie. Et j’ai aussi le droit de me reposer.
— Tu n’as pas d’enfants, tu ne peux pas comprendre ce que c’est que d’être parent.
— Justement. Je ne suis pas leur mère. Je suis leur tante. Et je veux le rester, pas devenir la personne à qui vous confiez vos obligations quand cela vous arrange.
Il raccrocha.
Je restai un moment assise dans le silence.
Puis je regardai mon calendrier. Le 30 décembre, je devais prendre la route pour Puebla, comme chaque année. Cette fois, je supprimai le trajet.
Je réservai plutôt un petit séjour de trois jours dans un hôtel de montagne près de Valle de Bravo. Une chambre avec une cheminée, un balcon et un restaurant où je pourrais dîner tranquillement.
J’appelai ensuite ma meilleure amie, Sofía.
— Tu fais quoi pour le Nouvel An ?
— Rien de prévu. Pourquoi ?
— J’ai annulé mes obligations familiales. Je pars quelques jours. Tu veux venir ?
Elle rit.
— Elena, je t’attends depuis des années pour que tu me proposes ça !
Pour la première fois depuis longtemps, je souris sans me sentir coupable.
Le 30 décembre, ma famille découvrit que j’avais réellement changé mes plans.
Ma mère m’envoya une photo des cinq enfants, tous assis sur le canapé.
« Ils demandent quand leur tante Elena arrive. Tu ne peux pas leur faire ça. »
Je regardai leurs visages. Mateo, Camila, les deux garçons de Luis et la petite fille de Patricia. Ils n’étaient responsables de rien. Ils n’avaient pas participé à la conversation et ne comprenaient probablement pas pourquoi les adultes étaient contrariés.
Je répondis :
« Je les aime et je leur téléphonerai demain. Mais je ne viendrai pas garder les enfants. Ce sont leurs parents qui doivent trouver une solution. Ne leur dites pas que c’est leur faute. »
Quelques minutes plus tard, Patricia m’appela.
— Tu sais que nous n’avons plus de chalet ? demanda-t-elle.
— Oui.
— On avait prévu de partir tous ensemble. Maintenant, papa et maman sont furieux.
— Je suis désolée que vous soyez déçus. Mais vous pouvez encore organiser votre réveillon autrement.
— Tu ne comprends pas. Nous avions tout prévu !
— Vous aviez tout prévu sauf de me demander mon avis.
Elle souffla bruyamment.
— Tu as changé.
Je regardai la valise ouverte sur mon lit.
— Oui, Patricia. Je crois que c’était nécessaire.
Le 31 décembre, à dix heures du matin, je pris la route avec Sofía.
Mon téléphone resta en mode silencieux pendant presque tout le trajet. À l’arrivée, nous découvrîmes une chambre chaleureuse, avec une grande fenêtre donnant sur les arbres. Il faisait frais. Une odeur de bois brûlé flottait dans l’air.
Je posai ma valise, m’approchai de la fenêtre et respirai profondément.
À dix-huit heures, je reçus un appel de Mateo.
— Tía Elena ?
Je souris immédiatement.
— Bonjour, mon grand !
— Pourquoi tu n’es pas venue ?