À quelques kilomètres de là, les enquêteurs avaient obtenu les autorisations nécessaires pour examiner les éléments pertinents de l’affaire. Ils cherchaient notamment à déterminer l’origine des substances suspectes, les circonstances dans lesquelles elles avaient été administrées et le rôle éventuel de Hugo.
Léa ignorait que ses échanges avec lui faisaient désormais partie des éléments examinés dans le cadre de l’enquête.
Mais Hugo, lui, commençait à comprendre que leur projet ne ressemblait plus à une aventure sans conséquences.
Sami découvre la vérité
Pendant ce temps, Sami était assis dans le couloir de l’hôpital, les mains jointes entre les genoux.
Il n’avait pas dormi.
— Je ne suis pas un gestionnaire, dit-il lorsque Nora vint le retrouver. Je transporte des patients. Je livre des repas. Je ne sais même pas lire un bilan financier sans demander de l’aide.
— Monsieur Delcourt le sait.
— Alors pourquoi moi ?
Nora s’assit à côté de lui.
— Parce qu’il vous a vu agir quand personne ne vous regardait. Mais il ne vous demande pas de devenir quelqu’un d’autre en une nuit. Il veut que sa fortune serve à quelque chose qui lui survivra. Et il veut que vous puissiez continuer à aider votre sœur sans vous retrouver prisonnier d’une responsabilité que vous ne maîtrisez pas.
Sami baissa les yeux.
— Lina n’a encore rien accepté. Elle ne sait même pas si elle pourra être opérée.
— Le programme médical sera organisé avec les professionnels compétents. Rien ne sera promis avant que son dossier ait été évalué.
Il hocha lentement la tête.
— Je veux seulement qu’elle ait une chance.
— C’est exactement pour cela que nous allons procéder correctement.
Quand Sami entra dans la chambre, Marc était éveillé.
— Maître Vidal vous a expliqué ? demanda le chef d’entreprise.
— Oui. Mais je ne veux pas que vous fassiez tout ça parce que vous pensez que je suis un saint.
Marc eut un faible sourire.
— Je n’ai jamais cru aux saints. Je crois aux gens qui font leur travail même lorsqu’ils n’ont rien à y gagner.
— Et si vous guérissez ?
— Alors je serai très heureux de vérifier que vous n’avez pas transformé mon usine en cirque.
Sami laissa échapper un rire nerveux.
Pour la première fois depuis son hospitalisation, Marc sourit vraiment.
La nuit où tout a changé
Le troisième jour, l’état de Marc se stabilisa suffisamment pour permettre de poursuivre les examens et d’affiner le traitement.
Le médecin lui expliqua qu’il ne pouvait pas encore garantir sa récupération, mais que l’évolution était encourageante.
Marc ferma les yeux.
Il n’était pas sauvé. Pas encore.
Mais il n’était plus condamné avec la certitude que Léa avait voulu lui faire croire.
Le même soir, Léa arriva à la clinique avec une enveloppe.
— J’ai préparé quelques papiers, dit-elle doucement. Des formalités pour que je puisse gérer tes affaires si tu n’es plus en mesure de le faire.
Marc reconnut immédiatement la manœuvre.
— Laisse-les à Nora.
— Pourquoi ? Je suis ta femme.
— Justement. Je préfère que tout soit vérifié.
Le sourire de Léa se fissura.
— Tu ne me fais plus confiance ?
Marc la regarda longuement.
— Je fais confiance aux documents vérifiés, aux médecins qui m’expliquent ce qu’ils font et aux personnes qui ne me demandent pas de signer quand je suis incapable de réfléchir.
Elle recula.
— Tu es en train de m’accuser ?
— Je suis en train de demander que mes décisions soient respectées.
Léa quitta la chambre sans répondre.
Dans le couloir, elle appela Hugo.
— Il se méfie. Il faut que tu récupères les papiers dans son bureau.
— Tu m’avais dit qu’il ne comprenait plus rien !
— Fais-le, Hugo !
— Non.
Le silence qui suivit fut interminable.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ?
— J’ai dit non. Tu m’as assuré que c’était une affaire simple. Maintenant, il y a des enquêteurs qui posent des questions et je découvre que tu as conservé des messages qui peuvent nous envoyer tous les deux en prison.
Léa raccrocha.
Elle ignorait que cette conversation, comme les précédentes, pourrait faire l’objet de vérifications si elle avait été enregistrée ou conservée par l’un des interlocuteurs. Elle ne savait pas non plus que Hugo avait commencé à consulter un avocat.
Leur alliance se fissurait.
Et Marc n’avait rien eu besoin de fabriquer pour cela.
Le cinquième jour
Le cinquième jour arriva sans le décès annoncé.
Marc était toujours hospitalisé, affaibli, mais conscient. Les médecins restaient prudents : la récupération pouvait être longue, et les complications n’étaient pas exclues.
À 10 h 20, Nora entra dans sa chambre.
— Les enquêteurs souhaitent vous entendre à nouveau lorsque votre état le permettra. Ils ont aussi récupéré des éléments qui devront être expertisés.
Marc acquiesça.