Teresa posa ses deux valises au milieu de l’entrée et me tendit un trousseau de clés.
— Voilà, ma chérie. J’ai apporté quelques affaires. Rodrigo m’a dit que je pouvais venir m’installer dès maintenant. Ce sera plus pratique pour organiser le mariage.
Je regardai les valises, puis son visage.
— Rodrigo vous a dit que vous pouviez habiter ici ?
— Bien sûr ! C’est aussi la maison de mon fils maintenant. Après tout, vous allez vous marier dans trois semaines.
Elle prononça ces mots comme si la question était déjà réglée.
Je gardai la main sur la poignée de la porte.
— Teresa, vous êtes la bienvenue pour une visite ou un déjeuner. Mais vous ne pouvez pas vous installer chez moi sans mon accord.
Son sourire disparut.
— Chez toi ? Tu parles déjà comme si Rodrigo n’avait aucun droit dans cette maison ?
— Rodrigo aura les droits que nous déciderons ensemble après notre mariage. Mais cette maison m’appartient. Je l’ai achetée avant de le rencontrer et j’en ai remboursé seule le prêt.
Elle leva les yeux au ciel.
— Tu es vraiment matérialiste. Un mariage, c’est le partage !
— Le partage n’est pas une obligation imposée par une seule personne.
À cet instant, Rodrigo arriva derrière elle, chargé de deux sacs de courses.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Sa mère se précipita vers lui.
— Ta fiancée refuse de me laisser entrer avec mes affaires ! Je pensais que tu m’avais dit que je pouvais vivre ici !
Rodrigo me regarda, puis regarda les valises.
— Mariana, je voulais t’en parler. Maman a quelques problèmes avec son appartement. Son propriétaire vend l’immeuble et elle doit trouver un autre logement. Je me suis dit qu’elle pourrait rester ici quelque temps.
Je sentis ma colère monter.
— Tu t’es dit que tu pouvais décider de faire emménager ta mère dans ma maison sans même m’en parler ?
— Ce n’est que temporaire.
— Combien de temps ?
Il hésita.
Teresa répondit à sa place :
— Quelques mois. Peut-être davantage. Je ne vais tout de même pas vivre dans un hôtel pendant que mon fils se marie !
Je compris alors que Rodrigo avait déjà pris une décision avec sa mère. Ils n’étaient pas venus me demander mon avis. Ils étaient venus m’annoncer un arrangement qu’ils considéraient comme acquis.
— Je vais être très claire, dis-je. Personne ne s’installe ici sans mon accord. Et je n’ai jamais donné cet accord.
Teresa se mit à pleurer.
— Je savais que tu ne m’avais jamais considérée comme ta famille !
Rodrigo me prit à part dans le couloir.
— Fais un effort. C’est ma mère. Elle ne va pas rester éternellement.
— Et moi, je suis ta future épouse. Pourquoi n’as-tu pas pensé à me demander mon avis ?
Il baissa la voix.
— Je ne voulais pas te contrarier avant le mariage.
Cette phrase me glaça davantage que tout le reste.
Il avait préféré me cacher une décision aussi importante plutôt que risquer une discussion.
Je lui demandai de me répondre franchement :
— Après le mariage, est-ce que tu comptes considérer cette maison comme un bien commun ? Est-ce que tu penses que ta mère pourra y vivre sans que j’aie mon mot à dire ?
Il resta silencieux.
Ce silence fut sa réponse.
Je lui demandai alors de reprendre les valises et de trouver une autre solution pour sa mère. Teresa refusa de bouger.
— Je ne partirai pas ! Rodrigo est mon fils !
Je pris mon téléphone.
— Alors je vais appeler Rodrigo pour qu’il vienne vous chercher, dis-je en le regardant.
Il eut un mouvement de colère.
— Ne dramatise pas, Mariana !
— Je ne dramatise pas. Je protège mon domicile.
Finalement, Rodrigo chargea les valises dans sa voiture. Teresa partit en répétant que je finirais seule dans cette grande maison.
Mais l’histoire ne s’arrêta pas là.
Le lendemain, je reçus un message d’une amie qui travaillait dans une agence immobilière. Elle m’envoya une annonce concernant l’appartement de Teresa. L’immeuble n’était pas en vente. Le propriétaire avait simplement proposé une augmentation de loyer, que Teresa avait refusée.
Je décidai de ne pas tirer de conclusion trop vite et demandai à Rodrigo de m’expliquer la situation.
Il finit par reconnaître que sa mère avait perdu une partie de ses économies après avoir prêté de l’argent à son frère. Elle avait du mal à payer son loyer et avait commencé à parler d’un déménagement. Rodrigo lui avait promis qu’elle pourrait vivre chez nous après le mariage.
— Tu lui as donc promis ma maison avant même de m’en parler, dis-je.
— Je voulais l’aider.
— Tu pouvais l’aider autrement. Tu pouvais lui proposer de participer à son loyer, chercher un logement avec elle ou lui trouver une solution. Mais tu ne pouvais pas lui offrir ce qui ne t’appartient pas.