À 06 h 20, Élise reçut un appel de son frère Thomas.
— Je suis devant la maison. Tu peux sortir ?
Elle essaya de se lever, mais une douleur aiguë lui coupa le souffle. Thomas entra avec les secours qu’il avait appelés depuis son arrivée. Les ambulanciers l’examinèrent immédiatement et décidèrent de la transporter à l’hôpital. Les examens révélèrent plusieurs côtes fracturées et une contusion nécessitant une surveillance médicale.
Dans le couloir des urgences, Thomas serrait les poings.
— Je vais appeler papa. Il faut qu’il sache ce qu’ils t’ont fait.
— Il le saura, répondit Élise. Mais je ne veux pas que cette histoire se transforme en règlement de comptes. Je veux que tout soit vérifié et que personne ne puisse étouffer la vérité.
Thomas hocha la tête.
— Alors, on va faire les choses correctement.
Pendant qu’Élise recevait des soins, il contacta Maître Morel, un avocat spécialisé dans les affaires financières, et transmit l’enregistrement à un expert chargé d’en vérifier l’intégrité. Il demanda également que les documents comptables soient préservés dans leur forme originale, sans manipulation ni suppression.
À 09 h 10, Adrien découvrit que sa femme n’était plus dans la chambre.
Il appela sa mère.
— Où est Élise ?
— Elle a dû rentrer chez ses parents pour continuer son petit cinéma.
— Tu es sûre ?
— Adrien, elle adore se faire passer pour une victime. Ton père lui a simplement remis les idées en place.
Adrien raccrocha, irrité. Il n’avait aucune idée que son épouse avait déjà fait constater ses blessures et que plusieurs éléments concernant la gestion du groupe étaient en cours de vérification.
À 10 h 30, il reçut une convocation du comité d’audit.
Le message était bref : plusieurs opérations financières inhabituelles avaient été signalées et des documents devaient être examinés en urgence.
Il se précipita au siège du groupe Delcourt, persuadé qu’il s’agissait d’un problème administratif.
Mais lorsqu’il entra dans la salle de réunion, il découvrit son père, sa mère, le directeur juridique et trois administrateurs indépendants. Thomas était également présent, accompagné de l’avocat d’Élise.
— Qu’est-ce que cet homme fait ici ? demanda Charles en désignant Thomas.
Maître Morel ouvrit son dossier.
— Monsieur Vautrin intervient comme expert-comptable judiciaire indépendant mandaté pour examiner plusieurs opérations. Nous allons commencer par les sociétés qui ont reçu des paiements sans justificatifs suffisants.
Le visage de Charles se ferma.
Depuis des mois, Élise avait signalé des factures d’honoraires dépourvues de rapports détaillés, des sociétés dont l’activité semblait incertaine et des virements fractionnés entre plusieurs entités. Chaque fois, Charles lui avait demandé de ne pas compliquer les choses.
Elle avait fini par conserver les pièces plutôt que de provoquer une confrontation qu’elle ne pouvait pas encore documenter.
Thomas projeta un tableau.
— Nous avons identifié des paiements qui nécessitent des explications. Certains semblent correspondre à des prestations réelles, mais plusieurs dossiers sont incomplets. Nous devons vérifier les bénéficiaires effectifs, les contrats et les validations internes.
Adrien se redressa.
— Élise avait accès à tout. Si quelque chose ne va pas, elle en est responsable.
Thomas le regarda sans hausser la voix.
— C’est précisément pour cette raison que nous examinons les signatures, les droits d’approbation et les instructions de paiement. Nous ne tirerons aucune conclusion avant d’avoir terminé.
Le directeur juridique ajouta que les éléments seraient transmis aux autorités compétentes si les vérifications révélaient des faits susceptibles de constituer des infractions.
Charles frappa la table du plat de la main.
— Vous n’allez pas transformer une entreprise de cette taille en tribunal !
— Personne ne le fait, répondit l’un des administrateurs. Mais la taille de l’entreprise ne dispense personne de rendre des comptes.
Pour la première fois, Charles comprit que son autorité ne suffisait plus à mettre fin à la discussion.
À midi, Adrien tenta de joindre Élise. Elle accepta finalement son appel, depuis sa chambre d’hôpital.
— Tu as envoyé ton frère contre nous ? demanda-t-il.
— Thomas examine des documents. Il ne fait que son travail.
— Tu veux détruire ma famille !
Élise regarda les pansements sur sa main.
— Adrien, cette nuit, je t’ai demandé de m’emmener aux urgences. Tu m’as répondu de respirer moins fort.
Il ne répondit pas.
— Je ne te demande même plus de m’aimer, poursuivit-elle. Je te demande de reconnaître que tu as choisi de me laisser souffrir pour protéger ton image.
— Mon père a dépassé les limites, mais tu sais comment il est…
— Et toi, tu sais comment tu es devenu.
Elle mit fin à l’appel.
Le lendemain, Élise déposa plainte pour les violences qu’elle avait subies. Son certificat médical, son enregistrement et les témoignages éventuels des invités furent remis aux autorités. Les enquêteurs cherchèrent à établir précisément les circonstances de l’agression et le rôle de chaque personne présente.