La lettre ne contenait que quelques lignes, écrites de la main de ma mère.

« Si Claire est venue jusqu’à mon cercueil, c’est que tu n’as pas respecté ma dernière demande. Ne lui montre pas cette lettre. Ne la laisse surtout pas repartir avec les bijoux que je porte aujourd’hui. Et, quoi qu’elle te raconte, ne la crois pas. »

Je relus ces mots plusieurs fois.

Les bijoux ?

Je baissai les yeux vers le cercueil. Ma mère portait effectivement un petit pendentif en or que je ne lui avais jamais vu auparavant. Il représentait une fleur entourée de trois minuscules pierres bleues.

Je levai les yeux vers Claire.

Elle ne pleurait pas.

Elle fixait le pendentif avec une attention presque inquiétante.

« Qu’est-ce que tu lis ? » demanda-t-elle en s’approchant.

Je repliai rapidement la lettre.

« Rien. Une vieille note de maman. »

Elle sourit, puis posa doucement sa main sur le cercueil.

« Elle aurait dû me laisser ce collier. C’était une affaire entre elle et moi. »

Mon cœur se mit à battre plus vite.

La vieille femme qui m’avait remis l’enveloppe s’approcha alors.

« Je m’appelle Madeleine. J’ai travaillé pendant trente ans avec votre mère. Il faut que vous veniez avec moi. Maintenant. »

Je regardai Claire, puis Madeleine.

« Pourquoi ? »

Elle baissa la voix.

« Parce que votre sœur n’est pas celle que vous croyez. »

Nous nous sommes réfugiées dans une petite pièce derrière la chapelle. Madeleine ferma la porte et sortit une photographie jaunie de son sac.

On y voyait ma mère, beaucoup plus jeune, tenant deux bébés dans ses bras.

Au dos, une date était inscrite : le 14 mars 1998.

Je reconnus immédiatement ma mère et moi-même. Mais quelque chose me troubla : sur la photographie, elle portait le même pendentif que celui placé autour de son cou dans le cercueil.

« Ce sont des jumelles », murmurai-je.

Madeleine hocha la tête.

« Oui. Mais votre mère n’a jamais donné naissance à une seule fille. Elle en a eu deux. »

Je restai figée.

« Mais je le sais ! Claire est ma sœur jumelle ! »

« Ce que vous ignorez, c’est que Claire n’a pas été élevée par votre père. Votre mère l’a confiée à une autre famille après un terrible événement survenu quelques mois après votre naissance. »

Madeleine prit une profonde inspiration.

Elle m’expliqua que mon père avait découvert, à l’époque, que Claire souffrait d’une maladie héréditaire rare. Il avait alors voulu l’éloigner de la famille, persuadé qu’elle représenterait une charge financière et un obstacle à son avenir.

Ma mère s’y était opposée. Après une violente dispute, elle avait confié Claire à sa sœur, qui vivait à l’étranger, en espérant pouvoir un jour la récupérer.

Mais elle n’avait jamais cessé de chercher sa fille.

« Alors pourquoi maman m’a-t-elle interdit de la laisser approcher du cercueil ? » demandai-je, bouleversée.

Madeleine me regarda longuement.

« Parce que Claire est revenue il y a trois semaines. Elle n’est pas venue pour se réconcilier avec votre mère. Elle voulait récupérer le pendentif. »

Elle m’expliqua enfin ce que ma mère avait découvert quelques jours avant sa mort.

Le pendentif contenait une petite clé dissimulée dans son fermoir. Cette clé ouvrait un coffre bancaire dans lequel se trouvaient les documents originaux concernant la naissance des deux filles, ainsi qu’un testament que mon père avait tenté de faire disparaître des années auparavant.

Mais le plus terrible était ailleurs.

Dans ce testament, ma mère avait désigné Claire comme bénéficiaire d’une partie importante de son patrimoine, à condition qu’elle accepte de rencontrer sa sœur et de lui révéler toute la vérité sur leur séparation.

Claire n’était donc pas revenue pour retrouver sa mère.

Elle était revenue pour récupérer ce qui lui appartenait, sans que je puisse connaître la vérité.

À cet instant, quelqu’un frappa violemment à la porte.

« Ouvre-moi ! » cria Claire.

Madeleine pâlit.

« Elle sait que vous avez la lettre. »

Je serrai l’enveloppe contre ma poitrine.

Quelques secondes plus tard, Claire entra, accompagnée de deux hommes.

Son regard se posa immédiatement sur moi.

« Donne-moi le pendentif. »

Je reculai.

« Pourquoi ? Qu’est-ce que tu caches ? »

Son expression changea complètement.

« Tu n’as jamais compris. Maman m’a volé trente ans de ma vie. Elle t’a gardée auprès d’elle pendant que je grandissais dans une famille qui n’était pas la mienne. J’ai le droit de récupérer ce qui me revient. »

Madeleine intervint :

« Votre mère voulait que vous connaissiez la vérité, Claire. Pas que vous détruisiez votre sœur pour obtenir son héritage. »

Claire se retourna brusquement.

« Tais-toi ! »

C’est alors que je compris que ma mère avait eu raison de me mettre en garde. Pourtant, elle ne m’avait jamais demandé de haïr ma sœur. Elle voulait seulement que je découvre la vérité avant de lui faire confiance.