— C’est précisément pour cela que j’en fais une histoire. Il apprend à parler aux autres en observant les adultes. Et lorsqu’il m’a insultée, tu lui as montré que cela t’amusait.

— Tu es ma mère. Tu devrais être capable de passer au-dessus.

Je fermai les yeux.

— Être ta mère ne signifie pas que je dois accepter n’importe quel traitement.

Il raccrocha.

Pendant plusieurs jours, je n’eus aucune nouvelle de lui.

Puis, un samedi après-midi, je reçus un message de ma belle-fille, Claire.

Je suis désolée pour ce qui s’est passé. Je n’ai pas su comment réagir sur le moment. Damon a entendu certaines choses à la maison, et nous devons avoir une vraie conversation avec lui.

Je relus son message plusieurs fois.

Je savais que Claire n’était pas innocente dans cette histoire. Elle avait été présente lorsque Damon avait prononcé ces paroles. Elle n’avait pas davantage essayé de me défendre. Mais au moins, elle reconnaissait qu’il y avait un problème.

Je lui répondis :

Je suis prête à parler, mais je ne veux pas que Damon soit utilisé pour arranger les choses entre adultes. Il mérite qu’on lui explique ce qui s’est passé sans lui faire porter notre conflit.

Elle me proposa de venir chez moi le dimanche suivant, avec Damon.

J’acceptai.

Le dimanche, on frappa à ma porte à quinze heures.

Claire se tenait sur le perron. Damon était à côté d’elle, tenant son vieil ours en peluche. Trent n’était pas venu.

Je les fis entrer.

Damon resta près de sa mère, les yeux baissés.

— Mamie ? dit-il enfin.

Je m’agenouillai lentement devant lui.

— Bonjour, mon grand.

Il joua avec l’oreille de son ours.

— Papa a dit que je devais m’excuser.

Je ne répondis pas tout de suite.

— Et toi, qu’est-ce que tu en penses ?

Il haussa les épaules.

— Je ne sais pas.

Claire s’assit sur le canapé.

— Damon, nous avons parlé à la maison. Tu as dit quelque chose de méchant à Mamie. Tu dois comprendre que ce n’est pas parce qu’on est en colère contre quelqu’un qu’on peut lui parler comme ça.

Le petit garçon leva les yeux vers elle.

— Mais papa a dit qu’elle était gênante.

Claire inspira profondément.

Je vis son visage se décomposer.

— Damon…

— Il a dit qu’elle venait toujours pour nous rappeler qu’elle nous avait aidés. Et que les gens qui n’ont rien à faire ici doivent rester chez eux.

Je sentis mon cœur se serrer.

Ce n’était donc pas une phrase isolée.

Damon ne cherchait pas à me blesser volontairement. Il répétait ce qu’il avait entendu, avec la logique simple d’un enfant qui croit que les adultes ont toujours raison.

Claire se tourna vers moi.

— Je ne savais pas qu’il avait entendu tout cela. Trent et moi avons eu des disputes au sujet de ton aide financière. Il a parfois parlé de toi devant lui. J’aurais dû intervenir.

— Pourquoi ne l’as-tu pas fait ?

Elle baissa les yeux.

— Parce que je voulais éviter les conflits. Et parce que j’ai fini par m’habituer à ce que Trent dise certaines choses. Je n’ai pas compris à quel point Damon les écoutait.

Je ne lui répondis pas immédiatement.

Puis je me tournai vers mon petit-fils.

— Damon, tu sais pourquoi je suis partie ce jour-là ?

Il secoua la tête.

— Parce que tes paroles m’ont fait de la peine. Mais je veux que tu comprennes quelque chose : tu peux être en colère, tu peux ne pas vouloir voir quelqu’un, tu peux même ne pas être d’accord avec moi. Tu as le droit de ressentir tout cela. Mais tu n’as pas le droit de traiter quelqu’un comme s’il valait moins que toi.

Il réfléchit.

— Même si papa le dit ?

Claire ferma les yeux.

Je pris doucement sa petite main.

— Même si papa le dit. Les adultes peuvent se tromper. Et apprendre à réfléchir par soi-même, c’est aussi comprendre que les personnes que l’on aime ne font pas toujours les bons choix.

Damon se mit à pleurer.

— Je voulais pas que tu partes.

Je le pris dans mes bras.

— Je sais, mon chéri. Je t’aime toujours. Mais je ne veux pas que tu grandisses en pensant qu’on peut humilier quelqu’un et ensuite lui demander de sourire comme si rien ne s’était passé.

Il enfouit son visage contre mon épaule.

Ce jour-là, nous ne parlâmes plus d’argent.

Claire et moi passâmes une heure à discuter de ce que Damon avait entendu et de la manière dont nous pouvions l’aider à comprendre. Elle promit de reprendre le sujet avec Trent, même si elle savait que cela provoquerait une dispute.

Avant de partir, elle me dit :