Je lui ai offert une chaise.

— Tu n’as pas besoin de décider aujourd’hui. Mais tu dois comprendre une chose : je t’aime et tu seras toujours la bienvenue ici. Cela ne signifie pas que ton mari peut prendre les décisions à ma place.

Elle a hoché la tête.

Les jours suivants, Mauricio a essayé de me convaincre de revenir sur ma décision. Il a parlé de solidarité familiale, de vieillesse, de devoir et même de l’héritage de Daniela. J’ai refusé de discuter tant qu’il ne serait pas capable de me parler avec respect. J’ai aussi consulté un notaire afin de vérifier que mes documents étaient à jour et que mes volontés concernant la maison étaient clairement établies.

Daniela a finalement pris quelques jours de distance avec son mari. Elle m’a confié que Mauricio avait déjà pris d’autres décisions à sa place, notamment concernant ses économies et les visites de sa mère. Cette histoire avait simplement rendu impossible de continuer à faire semblant.

Quelques mois plus tard, ils ont commencé une thérapie de couple. Je ne savais pas si leur mariage résisterait, et je ne voulais pas décider à leur place. Mauricio m’a finalement présenté des excuses, sans toutefois obtenir immédiatement mon pardon.

Teresa a trouvé une autre solution pour son logement. Elle n’est jamais revenue avec ses valises.

Quant à moi, j’ai terminé le fauteuil à bascule au début de l’hiver. J’ai poncé les accoudoirs, renforcé les assemblages et appliqué une dernière couche d’huile sur le bois.

Je l’ai installé près de la fenêtre où Beatriz aimait autrefois s’asseoir.

Un après-midi, Daniela est venue me rendre visite. Elle s’est assise quelques instants dans le fauteuil, puis m’a regardé avec un sourire triste.

— Maman aurait adoré.

— Oui, ai-je murmuré. Elle aurait surtout aimé que cette maison reste un endroit où personne n’a besoin de demander la permission d’être respecté.

Ce jour-là, j’ai compris que défendre sa maison ne signifiait pas rejeter sa famille. Cela signifiait simplement rappeler que l’amour ne donne à personne le droit de prendre possession de la vie d’un autre.

Et à soixante-dix ans, je n’avais aucune intention de laisser qui que ce soit me faire croire le contraire.