Mais je ne répondis plus.

À Genève, la vie reprit doucement son cours.

Sophia intégra une nouvelle école. Maya se fit rapidement des amies. Nous passions nos week-ends à découvrir la ville, à marcher au bord du lac et à manger des glaces même lorsqu’il faisait froid.

Un soir, Sophia vint s’asseoir près de moi sur le canapé.

— Maman, est-ce que papa nous aimait vraiment ?

Je pris quelques secondes avant de répondre.

— Je pense que ton papa nous a aimées à sa manière. Mais l’amour ne devrait jamais donner à quelqu’un le sentiment qu’il vaut moins qu’une autre personne.

Elle posa sa tête contre mon épaule.

— Moi, je suis contente qu’on soit ici.

Je l’embrassai sur le front.

Six mois après notre départ, je reçus un dernier message de Mark.

« Elena, je ne pensais pas que tu irais aussi loin. Je voudrais qu’on parle. Je regrette certaines choses. Les filles me manquent. »

Je regardai longtemps l’écran avant de répondre :

« Tu peux rester leur père. Mais tu ne seras plus jamais l’homme qui décide de notre valeur. Pour le reste, passe par les avocats. »

Puis j’éteignis mon téléphone.

Mark avait quitté notre mariage en pensant qu’il avait enfin obtenu la famille dont il rêvait : une nouvelle épouse, un fils et la promesse de perpétuer son nom.

Il avait oublié que ses deux filles portaient déjà ce nom.

Et surtout, il avait oublié que la femme qu’il venait de répudier était aussi celle qui avait rendu possible une grande partie de sa réussite.

Je n’avais pas besoin de lui reprendre quoi que ce soit par vengeance.

Je voulais simplement offrir à Sophia et Maya une enfance dans laquelle elles n’auraient jamais à se demander si elles étaient suffisamment importantes parce qu’elles étaient nées filles.

Ce jour-là, Mark avait choisi son héritier. Moi, j’avais choisi mes deux filles. Et contrairement à lui, je n’avais jamais eu besoin d’un garçon pour avoir une famille complète.