— Dima ? Tu m’entends ? répéta Katia.
Il finit par répondre, d’une voix si basse qu’elle dut tendre l’oreille :
— Maman m’avait dit qu’elle allait faire un prêt. Elle avait besoin d’argent pour régler une affaire urgente. Je pensais qu’elle avait trouvé quelqu’un pour se porter garant.
Katia s’arrêta au milieu du trottoir.
— Quelqu’un ? Dima, c’est mon nom qui figure sur ce contrat. Ma signature a été falsifiée. Tu savais qu’elle comptait utiliser mes papiers ?
— Je… je ne pensais pas qu’elle irait jusque-là.
Cette réponse lui fit plus mal qu’un aveu. Son mari savait donc qu’un emprunt se préparait. Il avait simplement préféré ne pas poser de questions, comme toujours, tant que les problèmes de sa mère ne menaçaient pas directement son confort.
— Tu vas venir à la banque avec moi, dit-elle. Et cette fois, tu vas arrêter de te taire.
Mais Dima ne vint pas.
Il prétendit avoir une réunion urgente et raccrocha après quelques phrases confuses. Katia rentra seule, avec une copie du contrat et le numéro du service chargé des fraudes. Elle ne pleura pas. Elle avait compris qu’elle devait agir avant que sa belle-mère ne tente de faire disparaître les preuves.
Le soir même, Nadejda Viktorovna était installée dans la cuisine, une tasse de thé à la main. Elle leva à peine les yeux lorsque Katia entra.
— Ah, te voilà. Tu pourrais acheter du pain demain, il n’y en a presque plus.
Katia posa calmement les documents sur la table.
— Vous avez emprunté un million et demi de roubles en utilisant mon identité.
La tasse s’immobilisa à mi-chemin des lèvres de Nadejda.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— Votre contrat. Mon nom. Mon numéro de passeport. Ma signature imitée. J’ai tout découvert à la banque.
La belle-mère reposa lentement sa tasse.
— Tu exagères toujours. Ce n’est qu’une formalité. La banque voulait une garantie supplémentaire.
— Vous avez falsifié ma signature.
— Je suis ta belle-mère ! s’emporta Nadejda. Tu vis sous le même toit que mon fils. Tu crois vraiment que je vais te laisser payer quoi que ce soit ? C’est une affaire de famille !
Katia la fixa sans hausser la voix.
— Une affaire de famille, c’est quand tout le monde est informé et donne son accord. Vous avez utilisé mes documents sans ma permission. Ce n’est pas une formalité. C’est une fraude.
À cet instant, Dima entra dans la cuisine. Il regarda les papiers, puis sa mère.
— Katia, tu aurais pu nous en parler avant de faire toute une histoire.
Elle se tourna vers lui, incrédule.
— Je viens de découvrir que je suis officiellement garante d’une dette que je n’ai jamais acceptée. À quel moment aurais-je dû vous demander la permission de me défendre ?
Nadejda se leva brusquement.
— Dima, dis-lui donc qu’elle doit retirer sa plainte ! Nous sommes une famille !
Mais, pour la première fois, son fils ne répondit pas immédiatement. Il regarda sa mère, puis les documents.
— Maman… tu m’avais dit que Katia était au courant.
Le silence qui suivit fut une réponse suffisante.
Katia comprit alors que Nadejda avait menti aux deux : à son fils pour obtenir son silence, et à elle en espérant qu’elle ne découvrirait jamais rien.
— J’ai déjà contesté le contrat auprès de la banque, annonça-t-elle. J’ai également demandé le blocage de toute opération liée à cette signature et signalé les faits aux autorités compétentes. Je ne retirerai rien tant que l’enquête n’aura pas établi la vérité.
— Tu vas détruire cette famille ! cria Nadejda.
— Non. Je refuse simplement de porter une dette qui n’est pas la mienne.
Les jours suivants furent éprouvants. La banque suspendit la prise en compte de la garantie pendant l’examen du dossier. Katia fournit des spécimens de signature, ses documents personnels et tous les échanges qu’elle avait pu conserver. Elle apprit également que le prêt avait été demandé pour rembourser plusieurs dettes accumulées par Nadejda, qui avait caché à son fils l’ampleur de ses difficultés financières.
L’enquête révéla que la belle-mère avait transmis une copie des papiers d’identité de Katia à un intermédiaire et que la signature avait été reproduite sur le formulaire de garantie. Dima fut entendu à son tour. Il dut reconnaître qu’il savait que sa mère cherchait un garant, mais qu’il n’avait jamais obtenu l’accord de sa femme.
Un mois plus tard, la banque confirma par écrit que Katia n’avait jamais valablement consenti à se porter caution. Son nom fut retiré du dossier, et elle reçut la confirmation qu’elle n’était pas tenue de rembourser ce crédit. La procédure concernant la falsification, elle, suivit son cours.
Entre-temps, Dima avait multiplié les excuses.
— Je ne voulais pas que tu sois mêlée à tout ça, disait-il.