Puis, une dernière phrase :
« Si tu veux vraiment devenir ma femme, tu dois arrêter de penser uniquement à toi. »
Je l’ai relue plusieurs fois.
Je n’ai pas répondu.
Le lendemain matin, j’ai appelé une amie, Irina, qui travaillait dans un cabinet juridique. Je lui ai expliqué la conversation et lui ai demandé quelles précautions prendre avant notre mariage.
Elle m’a conseillé de réunir les documents relatifs à mon appartement, de conserver les preuves de son financement et de ne signer aucun document sous pression. Elle m’a également rappelé qu’en matière de patrimoine, les règles dépendent du régime matrimonial et de la législation applicable. Si je voulais protéger clairement mon bien, je devais consulter un notaire ou un avocat spécialisé avant de prendre une décision.
J’ai suivi son conseil.
Mon appartement avait été acheté sept ans avant ma relation avec Artyom. Le crédit était entièrement remboursé et les documents établissaient que j’en étais l’unique propriétaire. Je n’avais aucune raison de le mettre en vente pour financer un projet dont les contours étaient inconnus.
Trois jours plus tard, Artyom est venu chez moi.
Il avait apporté des fleurs.
— On peut recommencer cette conversation calmement ?
Je l’ai laissé entrer.
Il a déposé le bouquet sur la table et s’est assis.
— J’ai parlé avec maman. Elle dit qu’elle a peut-être été un peu directe.
— Et toi ?
— Je reconnais que nous aurions dû t’en parler plus tôt.
— Ce n’est pas seulement une question de calendrier, Artyom. Vous avez décidé que mon appartement serait vendu. Vous avez déjà réparti l’argent dans vos calculs. Vous avez même imaginé qui vivrait dans la maison.
Il a baissé les yeux.
— On voulait que tout le monde soit ensemble.
— Très bien. Mais pourquoi est-ce mon appartement qui doit financer ce projet ?
— Parce que c’est le bien le plus important dont nous disposons.
J’ai senti mon cœur se serrer.
— Tu viens de confirmer exactement ce que je craignais.
Il s’est empressé d’ajouter :
— Je ne voulais pas dire ça comme ça. Tu sais que nous n’avons pas les moyens d’acheter une grande maison autrement.
— Alors nous n’achetons pas de grande maison. Nous commençons par un logement que nous pouvons réellement financer à deux.
— Et maman ?
— Elle peut continuer à vivre chez elle. Si elle a besoin d’aide, nous pouvons en discuter. Mais je ne vais pas vendre mon appartement pour devenir copropriétaire d’une maison avec ton frère et ta mère.
Artyom a secoué la tête.
— Tu ne comprends pas. Denis va avoir deux enfants. Il ne peut pas rester dans son petit logement.
— Je comprends très bien. Mais ce sont ses enfants et son foyer. Il doit construire une solution avec sa femme, pas avec l’argent de ma propriété.
— Tu es dure.
— Non. Je suis claire.
Il s’est levé et a fait quelques pas dans le salon.
— Tu veux donc qu’on se marie et qu’on vive chacun de notre côté ?
— Je veux qu’on se marie si nous sommes capables de prendre des décisions ensemble. Je ne veux pas d’un mariage où ta famille décide de ce que je dois vendre, de ce que je dois payer et de la place que je suis autorisée à occuper.
Il a fini par partir, sans reprendre les fleurs.
Les jours suivants ont été particulièrement difficiles.
Nos familles étaient déjà au courant du mariage. Les invitations avaient été envoyées, le restaurant réservé et plusieurs proches avaient acheté leurs billets pour venir assister à la cérémonie.
Ma mère m’a appelée après avoir appris la dispute.
— Ma fille, tu es certaine de vouloir tout arrêter ?
— Je ne sais pas encore, maman. Mais je sais que je ne veux pas me marier dans ces conditions.
— Tu as travaillé tellement longtemps pour cet appartement. Je ne veux pas que tu le perdes.
— Moi non plus.
Elle a gardé le silence, puis m’a dit :
— Alors ne laisse personne te faire croire que tu es égoïste parce que tu veux garder ce qui t’appartient.
Ces mots m’ont fait du bien.
Une semaine après le dîner, Artyom est revenu avec une proposition.
Il avait préparé un document présentant le projet immobilier. La maison serait achetée au nom de lui et de moi, disait-il. Denis et sa famille pourraient y vivre sans payer de loyer pendant quelques années. Sa mère aurait une chambre au rez-de-chaussée.
Mais lorsque j’ai regardé le budget, j’ai découvert que la somme provenant de mon appartement représenterait presque la totalité de l’apport initial.
— Et les mensualités ? ai-je demandé.
— Nous les paierons ensemble.
— Dans quelles proportions ?
— On partagera.
— Et Denis ?
— Il contribuera aux charges quand il le pourra.