— Je vais arrêter de lui faciliter la vie quand il me rend la mienne impossible.

Le lendemain matin, à neuf heures, son téléphone se mit à vibrer.

Valery appelait sans arrêt.

Elle finit par décrocher.

— Où es-tu ? demanda-t-il d’une voix furieuse. Le taxi arrive dans vingt minutes et ta mère n’a toujours pas répondu à mes messages.

— Je suis chez Elena.

— Tu te rends compte du ridicule de la situation ? Ma mère est déjà prête !

— Alors emmène-la à l’aéroport.

— Rita, ne commence pas ! Je te rappelle que les billets ont été payés avec mon argent.

Rita inspira lentement.

— Très bien. Dans ce cas, tu n’auras aucun problème à payer également les frais que j’ai avancés.

Elle ouvrit l’application bancaire et lui envoya le relevé des dépenses communes : excursions, assurance, transferts et réservation d’un restaurant pour leur anniversaire de mariage, prévu pendant le séjour.

Le total s’élevait à 1 460 euros.

— Tu me réclames de l’argent maintenant ? s’étrangla Valery.

— Je te demande de respecter notre accord.

— Tu es devenue complètement folle !

— Non. Je commence simplement à compter.

Elle raccrocha.

À dix heures, Valery et Raisa partirent pour l’aéroport sans elle.

À dix heures trente, Rita reçut une photographie de sa belle-mère devant la porte d’embarquement, accompagnée d’un message :

« Tu aurais pu venir. Nous t’avions gardé une place dans notre cœur. »

Rita contempla l’écran quelques secondes, puis supprima la notification.

Elle avait d’autres choses à faire.

Depuis trois ans, elle travaillait comme comptable dans une entreprise de logistique. Elle gagnait moins que Valery, mais elle participait régulièrement aux dépenses du ménage et avait constitué une épargne personnelle.

Elle avait aussi conservé les documents relatifs à l’achat de leur appartement, les relevés de leurs comptes communs et les preuves des sommes qu’elle avait versées pour les travaux.

Ce matin-là, elle prit rendez-vous avec un conseiller juridique.

Pas pour demander immédiatement le divorce.

Pour comprendre ses droits.

Elle ne voulait plus avancer les yeux fermés.

Pendant les dix jours suivants, Valery lui envoya des photographies de la mer, des restaurants et des promenades sur la plage. Au début, les messages étaient moqueurs.

« Tu vois ce que tu rates ? »

Puis ils devinrent plus agressifs.

« Tu pourrais au moins prendre des nouvelles de ma mère. »

Rita répondait parfois d’un simple « J’espère que vous passez un bon séjour ».

Elle ne se justifiait plus.

Au sixième jour, Valery l’appela à une heure du matin.

Sa voix était épuisée.

— Rita, il y a un problème avec la réservation de l’hôtel.

— Quel problème ?

— L’agence réclame le paiement du supplément pour la chambre. Ils disent que le tarif que j’ai réservé ne comprend pas le changement de catégorie.

Rita ferma les yeux.

Elle se souvint soudain d’une conversation vieille de deux mois.

Valery lui avait demandé de réserver une chambre avec vue sur la mer, en précisant que le supplément serait payé avec leur compte commun.

Elle avait effectué la réservation et réglé un acompte avec sa carte.

Puis Valery avait modifié le nom du deuxième occupant pour y inscrire celui de sa mère.

— Appelle l’agence, répondit-elle. C’est toi qui es sur place.

— Mais tu as les documents !

— Je te les ai envoyés avant notre départ.

— Tu ne peux pas me laisser gérer ça seul !

Rita resta silencieuse.

Cette phrase lui parut presque incroyable.

Il avait été parfaitement capable de décider seul qu’elle ne partirait pas. Mais lorsqu’il fallait assumer les conséquences de ses décisions, il avait soudain besoin d’elle.

— Valery, je ne suis pas ton ennemie. Mais je ne suis plus ton assistante personnelle.

Elle mit fin à l’appel.

Le lendemain, un nouveau message arriva.

« Maman dit que tu nous punis. »

Rita répondit enfin :

« Je ne vous punis pas. Je vous laisse simplement assumer les décisions que vous avez prises sans moi. »

À leur retour, Valery s’attendait manifestement à retrouver son épouse comme avant.

Il avait acheté un foulard pour elle à l’aéroport et le posa sur la table.

— Tiens. Je t’ai rapporté quelque chose.

Rita le remercia poliment.

Puis elle lui tendit une enveloppe.

À l’intérieur se trouvaient une copie des dépenses qu’elle avait avancées, les documents relatifs à leurs comptes et un courrier préparé avec l’aide de son conseiller juridique.

Valery parcourut les premières lignes.

Son visage se décomposa.

— Qu’est-ce que c’est ?

— Une proposition pour organiser nos finances séparément et discuter sérieusement de notre avenir.

— Tu veux divorcer pour une histoire de vacances ?

Rita le regarda avec une tristesse qu’elle ne cherchait plus à dissimuler.

— Non. Les vacances m’ont seulement montré ce que je refusais de voir depuis des années.