Cette fois, Claire détourna les yeux.

— C’est mon frère, murmura-t-elle.

Le capitaine releva la tête.

— Votre frère ?

— Nicolas. Le fils de ma mère.

Elle expliqua que Nicolas, âgé de 42 ans, avait quitté la région plusieurs années auparavant. Il avait accumulé des dettes et s’était brouillé avec sa mère après lui avoir demandé de l’argent à plusieurs reprises.

Madeleine avait fini par lui interdire l’accès à ses comptes.

— Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ? demanda le capitaine.

— Il y a environ trois semaines.

— Et pourquoi ne l’avez-vous pas mentionné lors de votre première audition ?

Claire se mit à pleurer.

— Parce que je pensais qu’il était parti. Je ne voulais pas croire qu’il puisse faire du mal à maman.

Le capitaine ne la consola pas.

— Votre mère est morte. Nous devons savoir qui l’a tuée, pas qui vous souhaitez croire innocent.

Pendant ce temps, Adrien avait enfin pu parler à son avocat.

Maître Garnier lui expliqua que le papier portant son nom constituait un élément à examiner, mais qu’il ne prouvait pas, à lui seul, qu’il avait commis un crime.

— Votre priorité est de rester précis, lui dit-il. Ne cherchez pas à deviner ce qui s’est passé. Répondez aux questions et laissez-nous vérifier les faits.

Adrien lui raconta l’appel mystérieux reçu par sa sœur, dont il venait d’apprendre l’existence.

L’avocat transmit immédiatement l’information aux enquêteurs.

Puis il posa une question :

— Votre père connaissait-il beaucoup de monde dans le quartier ?

Adrien fronça les sourcils.

— Mon père est mort il y a quatre ans. Il travaillait dans une société de transport. Pourquoi ?

— Parce que le numéro inscrit sur ce papier a pu être obtenu autrement que par un échange direct avec Madeleine.

Adrien réfléchit.

Son père avait longtemps travaillé avec plusieurs entreprises locales. Après son décès, Mireille avait conservé une boîte contenant ses anciens papiers professionnels.

Un nom lui revint soudain.

— Attendez… Mon père connaissait Nicolas Delmas.

L’avocat se redressa.

— Vous en êtes certain ?

— Je ne l’ai jamais rencontré personnellement, mais je me souviens d’une dispute. Mon père disait que cet homme lui devait de l’argent et qu’il avait utilisé son nom pour obtenir un prêt.

— De quelle somme parlait-il ?

Adrien sentit sa gorge se serrer.

— Douze mille euros.

Le silence s’installa.

Le mystérieux document venait de prendre un tout autre sens.

Lorsque les enquêteurs fouillèrent les archives professionnelles du père d’Adrien, ils retrouvèrent une ancienne plainte déposée pour utilisation frauduleuse de ses coordonnées.

Nicolas Delmas avait autrefois travaillé avec lui sur un chantier. Il avait obtenu plusieurs informations personnelles en prétendant devoir compléter des documents administratifs.

Parmi elles figuraient le nom complet d’Adrien et son numéro de téléphone.

Le père d’Adrien avait tenté de récupérer l’argent qu’il estimait lui être dû, mais l’affaire n’avait jamais été menée à son terme. Il avait finalement renoncé aux poursuites après avoir reçu des menaces.

Le papier retrouvé chez Madeleine n’était donc pas une preuve d’une dette entre Adrien et la vieille dame.

C’était peut-être la reprise d’un ancien conflit entre deux familles.

Mais pourquoi maintenant ?

La réponse apparut lorsque les enquêteurs examinèrent les dernières opérations bancaires de Madeleine.

Quelques jours avant sa mort, elle avait transféré une somme importante vers un compte inconnu. Elle avait ensuite contacté son notaire pour modifier son testament.

Nicolas risquait de perdre l’accès à l’argent qu’il espérait obtenir de sa mère.

Et Adrien, dont la famille avait autrefois contesté ses agissements, constituait un coupable idéal.

Un homme sans antécédents judiciaires, filmé en train d’entrer chez la victime, portant ses courses et ignorant qu’il était observé.

Il suffisait de placer un papier dans la maison, de faire disparaître les douze mille euros et d’accuser celui dont le nom figurait dessus.

Le soir même, la police retrouva Nicolas dans une chambre d’hôtel à Vénissieux.

Il tenta de nier connaître Madeleine, puis affirma qu’il était venu lui rendre visite sans entrer dans la maison.

Mais les images, les relevés téléphoniques et les traces découvertes dans son véhicule contredisaient sa version.

Dans le coffre, les enquêteurs retrouvèrent une enveloppe contenant une partie des douze mille euros retirés par Madeleine.

Ils découvrirent également un sachet de médicaments qui ne correspondait pas au traitement prescrit à la vieille dame.

Nicolas fut placé en garde à vue.

Confronté aux éléments matériels, il finit par reconnaître qu’il était venu chez sa mère le soir de sa mort. Il affirma d’abord qu’il voulait seulement récupérer de l’argent, puis admit qu’une dispute avait éclaté lorsqu’elle lui avait annoncé qu’elle comptait modifier son testament.

Il nia avoir voulu la tuer.

Les enquêteurs poursuivirent leurs investigations afin d’établir précisément les circonstances du décès et ses intentions.