— Thomas, je ne suis pas son médecin. L’équipe qui la prend en charge est parfaitement capable de s’occuper d’elle.
— Tu vas vraiment la laisser comme ça ?
Claire ferma les yeux une seconde.
— Je ne laisse personne sans soins. Mais je ne prendrai pas en charge une patiente avec laquelle je suis personnellement impliquée. Ce serait contraire à mes obligations.
Elle raccrocha et prévint Marion de cet appel. Puis elle resta assise au bord de son lit, incapable de retrouver le sommeil.
Le lendemain matin, elle apprit qu’Élodie avait accouché prématurément d’un petit garçon.
Le bébé était vivant, mais son état exigeait une surveillance spécialisée en néonatalogie. Les médecins expliquèrent à ses parents que les prochaines semaines seraient importantes et qu’ils ne pouvaient pas encore prévoir avec certitude l’évolution de sa santé.
Thomas envoya un message à Claire.
« Mon fils est né. Tu peux enfin comprendre ce que tu as essayé de détruire. »
Elle relut la phrase deux fois.
Puis elle répondit :
« J’espère sincèrement que cet enfant ira bien. Il n’est responsable d’aucune de nos décisions. »
Thomas ne répondit pas.
Mais, ce jour-là, il commença à commettre des erreurs.
Dans sa précipitation, il avait demandé à plusieurs personnes de confirmer par écrit qu’il était le seul à avoir financé l’appartement de Confluence. Or les documents bancaires racontaient une autre histoire. Il avait également réclamé à Élodie le remboursement de sommes qu’il lui avait présentées comme des cadeaux.
Élodie, épuisée et inquiète pour son bébé, découvrit alors que l’homme qui lui avait promis un appartement, une nouvelle vie et un avenir confortable était en train de préparer un divorce dont elle ignorait presque tout.
Elle appela Antoine.
Il ne décrocha pas.
Elle lui envoya alors un message :
« Le bébé est né. Tu dois savoir ce que j’ai découvert. »
Antoine arriva à l’hôpital quelques heures plus tard.
Et, lorsqu’il vit l’enfant à travers la vitre du service de néonatalogie, son visage se décomposa.
L’expertise que personne n’avait anticipée
Deux semaines après la naissance, Élodie demanda à rencontrer Thomas et Antoine ensemble.
Elle ne voulait pas les voir se disputer devant le personnel hospitalier. Elle avait obtenu une petite salle de consultation pour discuter calmement, avec l’accord de l’équipe soignante.
Thomas arriva le premier.
— Qu’est-ce que tu veux encore ?
Élodie avait l’air épuisée, mais son regard était ferme.
— Je veux que nous arrêtions de mentir.
Antoine entra à son tour. Il resta près de la porte, les mains crispées.
Élodie posa sur la table une enveloppe contenant des documents.
— Thomas, tu m’as dit que tu allais divorcer et que nous allions construire une famille ensemble. Antoine, tu m’as dit que tu m’aiderais à élever l’enfant si Thomas changeait d’avis.
— Ce sont des histoires privées, répondit Thomas.
— Pas quand elles concernent un enfant et des déclarations que vous avez faites tous les deux.
Elle prit une inspiration.
— J’ai demandé une expertise de paternité.
Thomas se leva si vite que sa chaise recula.
— Tu as fait quoi ?
— Une expertise encadrée par les professionnels compétents, avec les consentements nécessaires. Je ne voulais plus vivre au milieu de vos accusations.
Antoine devint livide.
Thomas se mit à rire, mais son rire était nerveux.
— Tu sais très bien que cet enfant est le mien.
Élodie baissa les yeux vers l’enveloppe.
— C’est justement ce que nous allons découvrir.
Les résultats ne furent pas communiqués immédiatement. Les vérifications d’identité et la validation du dossier prirent du temps, tandis que le bébé poursuivait ses soins.
Pendant ces jours d’attente, Thomas multiplia les appels. Il demanda à Élodie de retirer sa demande, lui promit de lui acheter une maison plus grande et lui reprocha de vouloir détruire sa réputation.
Elle refusa.
Antoine, lui, cessa de répondre aux messages.
Enfin, le rapport arriva.
Élodie convoqua les deux hommes dans la même salle, puis ouvrit l’enveloppe.
Elle lut la première page sans parler.
Thomas lui arracha presque le document des mains.
Son visage se vida de toute couleur.
Le rapport concluait qu’Antoine était le père biologique de l’enfant et excluait Thomas avec un degré de certitude conforme aux standards de l’expertise.
Pendant plusieurs secondes, personne ne dit un mot.
Puis Thomas se tourna vers son meilleur ami.
— Depuis quand ?
Antoine baissa la tête.
— Je ne savais pas si le bébé était de moi.
— Depuis quand ? répéta Thomas.
Élodie répondit à sa place.
— Antoine et moi avons eu une relation avant que je commence à travailler avec toi. Elle s’est terminée, puis nous nous sommes revus. Je ne savais pas avec certitude qui était le père. Et quand j’ai appris ma grossesse, j’ai laissé chacun de vous croire ce qui l’arrangeait.
Thomas la fixa, abasourdi.