Madame Robert a échangé un regard avec moi, puis elle a demandé doucement :
— Lucas, est-ce que tu peux me raconter ce qui s’est passé ce soir, avec tes mots, sans te presser ?
Il a décrit les cris, les menaces et les gestes qui lui avaient fait peur. Il a aussi expliqué que Nadia avait parfois enfermé Emma dans sa chambre lorsqu’elle pleurait trop longtemps.
Nous avons pris soin de ne pas lui poser les mêmes questions plusieurs fois. Madame Robert lui a expliqué que les professionnels recueilleraient son témoignage dans un cadre adapté.
Une heure plus tard, les policiers nous ont rappelés.
Ils avaient trouvé Emma dans la maison.
La petite fille était effrayée et présentait une marque rouge sur le bras. Elle avait été examinée par les secours et devait être conduite à l’hôpital pour un contrôle.
Thomas affirmait qu’il s’agissait d’un accident. Nadia disait que Lucas avait exagéré les faits et qu’il était parti sans autorisation.
Les policiers n’avaient pas conclu à la culpabilité de qui que ce soit sur place. Mais, compte tenu des déclarations des enfants et de la situation constatée, ils avaient pris les mesures nécessaires pour que les deux mineurs ne soient pas remis immédiatement aux adultes concernés.
Lucas a fermé les yeux en apprenant que sa sœur était en sécurité.
— Elle va venir ici ?
— Pas tout de suite, lui a expliqué Madame Robert. Elle doit d’abord être examinée et nous devons organiser la suite avec les services compétents. Mais nous savons où elle est.
Il a enfin laissé tomber ses épaules.
La promesse d’Élise
Le lendemain matin, j’ai accompagné Lucas à l’hôpital avec l’accord des services chargés de sa protection.
Emma était assise sur un lit, enveloppée dans une couverture rose. Lorsqu’elle a vu son frère, elle a tendu les bras vers lui.
Lucas s’est approché très lentement.
— Je suis là, Emma.
Elle s’est blottie contre lui.
Je me suis éloignée de quelques pas pour leur laisser ce moment.
Les médecins ont examiné les deux enfants. Les blessures de Lucas étaient superficielles, mais son état émotionnel nécessitait une attention particulière. Emma avait une contusion au bras et devait rester sous surveillance.
Les services sociaux ont organisé leur mise à l’abri temporaire dans une structure adaptée, le temps d’évaluer leur situation et de déterminer les conditions les plus sûres pour la suite.
Lucas a demandé si je pouvais venir les voir.
Madame Robert m’a expliqué que ce serait possible si cela correspondait à leur intérêt et si les responsables de leur prise en charge l’autorisaient.
— Je ne veux pas leur faire de promesse que je ne pourrai pas tenir, ai-je répondu. Mais si je peux les aider, je le ferai.
Elle m’a souri.
— C’est exactement la bonne attitude.
Ce que les enfants n’avaient jamais osé dire
Les jours suivants, les professionnels ont poursuivi leur travail.
Les enfants ont été entendus séparément, dans des conditions adaptées à leur âge. Les médecins ont consigné leurs observations et les services sociaux ont recueilli des informations auprès de l’école, du voisinage et des personnes qui connaissaient la famille.
Peu à peu, plusieurs éléments ont confirmé que les difficultés ne dataient pas de cette seule soirée.
Lucas avait souvent manqué l’école. Il arrivait parfois sans avoir pris de petit-déjeuner. Sa maîtresse avait remarqué qu’il sursautait au moindre bruit et qu’il refusait de rentrer chez lui certains soirs.
Elle avait déjà essayé de contacter Thomas, mais celui-ci lui répondait que son fils cherchait simplement à attirer l’attention.
L’enquête a également révélé que Thomas traversait une période personnelle difficile depuis la mort d’Élise. Cela pouvait expliquer une partie de son comportement, mais ne justifiait en aucun cas les actes signalés par les enfants.
Nadia, de son côté, a contesté les accusations.
La situation a donc été examinée dans le cadre prévu par les autorités. Une décision de protection provisoire a été prise, avec un suivi régulier, afin que Lucas et Emma ne soient pas exposés à un risque supplémentaire pendant les vérifications.
Je n’ai pas cherché à intervenir dans les décisions judiciaires.
Je voulais simplement que les enfants soient entendus et protégés.
La maison au portail blanc
Trois semaines plus tard, Madame Robert m’a contactée.
— Les enfants parlent souvent de vous. Ils aimeraient vous revoir.
J’ai accepté.
Nous avons organisé une visite dans leur lieu d’accueil.
Lucas m’attendait près de la fenêtre. Il portait un pull propre et ses cheveux étaient soigneusement coiffés. Emma dessinait à une petite table.
Quand il m’a aperçue, il a couru vers moi.
— Vous êtes venue !
— Bien sûr.
Il m’a tendu un dessin.
On y voyait une maison avec un grand portail blanc, deux petits personnages et une femme près de la porte.
Au-dessus, il avait écrit en lettres maladroites :