Je suis restée quelques secondes à regarder cette signature.
Elle ressemblait à la mienne. Les mêmes lettres, la même inclinaison, le même trait final. Pourtant, je savais que je n’avais jamais signé ce document.
— Qui a préparé cette demande de crédit ? ai-je demandé.
Arturo a croisé les bras.
— Cela n’a aucune importance. La banque a besoin de garanties. Tu vas signer la procuration et nous réglerons tout.
— Vous voulez que je prenne en charge une dette de deux cent quatre-vingts millions de pesos ?
Tomás a retrouvé un peu d’assurance.
— C’est une opération familiale. Tu vas bientôt faire partie de cette famille. Tu dois comprendre que chacun doit contribuer.
J’ai levé les yeux vers lui.
— Tu m’as giflée parce que j’ai acheté un sac avec mon propre argent, mais tu veux que je garantisse une dette dont je ne connais même pas l’origine ?
Sa mère a posé son verre avec impatience.
— Arrête de jouer les victimes, Alicia. Tu as vécu dans un foyer, tu sais ce que c’est de ne rien avoir. Cette famille t’a donné une occasion de changer de vie.
J’ai presque souri devant tant d’audace.
— Non, Beatriz. J’ai changé ma vie toute seule.
J’ai refermé le dossier.
— Je ne signerai rien.
Arturo s’est avancé.
— Réfléchis bien. Tu n’as aucune idée des conséquences.
— C’est justement pour cela que je vais laisser mon avocat examiner ces documents.
Tomás a éclaté de rire.
— Ton avocat ? Depuis quand une employée de bureau peut-elle se payer un avocat ?
Je n’ai pas répondu. J’ai simplement pris mon téléphone et envoyé un message à la personne qui attendait mon appel depuis plusieurs jours.
Puis j’ai récupéré mon sac et je me suis dirigée vers la porte.
— Tu ne vas nulle part ! a crié Tomás.
Je me suis arrêtée et je l’ai regardé.
— Tu viens de m’agresser à six jours de notre mariage. Tu crois vraiment que je vais rester ici pour discuter de notre avenir ?
Cette fois, personne n’a essayé de me retenir.
Je suis sortie de cette maison sans me retourner.
Dans la voiture, j’ai appelé mon avocat, maître Valeria Montes. Je lui ai envoyé les photographies du dossier, notamment la demande de crédit et la fausse signature.
— Alicia, ne signe surtout rien, m’a-t-elle conseillé. Nous allons vérifier l’origine de ces documents et prévenir les établissements concernés. Il faut également faire constater les blessures et signaler les violences que tu viens de subir.
Je lui ai raconté les deux gifles et les menaces de Tomás. Elle m’a aidée à organiser les démarches nécessaires pour protéger mes droits et conserver les preuves.
Le lendemain matin, j’ai également contacté ma banque pour vérifier mes comptes et mes cartes. J’ai découvert que Tomás avait utilisé une carte supplémentaire que je lui avais confiée quelques mois auparavant pour les dépenses communes. La montre de soixante-quinze mille pesos avait bien été achetée avec cette carte.
Mais ce n’était pas le pire.
Maître Montes m’a rappelée en fin de matinée.
— J’ai examiné les documents que vous m’avez transmis. La demande de crédit ne contient pas seulement une signature suspecte. Elle comporte également des informations sur votre appartement de Narvarte et sur vos revenus professionnels.
— Comment ont-ils obtenu ces renseignements ?
— Nous devons encore le déterminer. Mais je vous conseille de vérifier si d’autres documents ont été établis en votre nom.
J’ai alors ouvert mon ordinateur et consulté les dossiers que je conservais depuis plusieurs années.
C’est là que j’ai retrouvé un courriel envoyé par Tomás quelques semaines auparavant. Il m’avait demandé une copie de mon acte de propriété, prétendant vouloir préparer un document pour l’assurance de notre futur logement.
À l’époque, je n’avais rien trouvé d’étrange à cette demande.
Aujourd’hui, elle prenait un tout autre sens.
J’ai transmis le message à mon avocate.
Quelques heures plus tard, elle m’a annoncé que l’établissement financier avait confirmé avoir reçu une demande de financement présentée au nom d’une société appartenant à la famille Valdés. Mon appartement figurait parmi les garanties proposées.
La banque avait suspendu l’examen du dossier après avoir relevé des incohérences dans les documents.
Je comprenais enfin pourquoi Arturo voulait absolument ma signature sur cette procuration : elle aurait pu faciliter la gestion de mes biens sans que j’aie à intervenir directement.
Mais une autre découverte allait bouleverser toute cette affaire.
Maître Montes avait demandé des informations sur la société mentionnée dans la demande de crédit. En consultant les documents publics et les éléments transmis par la banque, elle avait constaté que l’entreprise connaissait de graves difficultés financières.
Plusieurs créanciers réclamaient déjà leur argent.
Les Valdés n’étaient donc pas simplement en train de préparer un investissement.
Ils cherchaient à obtenir de nouvelles garanties pour maintenir une entreprise au bord de l’effondrement.