« Tu te souviens de la nuit où j’avais 38,6 de fièvre ? Je t’ai appelée trois fois. Tu as refusé mon dernier appel. »
« Claire, j’étais perdu à l’époque… »
« Et les 86 400 euros de mon père ? Tu étais perdu aussi quand tu les as transférés ? »
Il a baissé les yeux.
« Je comptais te rembourser. »
« Quand ? Après ma guérison ? Ou après ma mort ? »
Il a pâli.
Pendant un instant, aucun de nous n’a parlé.
Puis il a murmuré :
« Je ne pensais pas que tu découvrirais tout. »
Cette phrase m’a fait plus de mal que toutes ses excuses.
Il ne regrettait pas seulement ce qu’il avait fait. Il regrettait d’avoir été découvert.
J’ai retiré doucement ma main de celle de Thomas, non pas pour rejoindre Julien, mais pour me lever.
« Tu sais ce qui est étrange ? Pendant des mois, j’ai cru que le pire de ma maladie serait de perdre mes cheveux, ma santé et peut-être ma vie. Mais le pire, c’était de découvrir que l’homme avec qui j’avais construit mon foyer me considérait comme un problème à régler. »
Julien avait les yeux rouges.
« Je t’aime encore. »
J’ai regardé cet homme que j’avais aimé pendant douze ans.
Autrefois, j’aurais tout donné pour entendre ces mots.
À présent, ils ne pouvaient plus réparer ce qu’il avait détruit.
« Peut-être que tu aimes les souvenirs que nous avons eus. Mais moi, je ne peux plus aimer quelqu’un qui a profité de ma maladie pour préparer sa fuite. »
Je lui ai rappelé que toute communication concernant l’argent et le divorce devait passer par mon avocate.
Puis je suis partie avec Thomas.
Je ne me suis pas retournée.
Quelques mois plus tard, mon divorce a été prononcé. Les démarches financières ont continué, et j’ai poursuivi les soins nécessaires à ma guérison. Ma vie n’est pas devenue parfaite du jour au lendemain. Il y avait encore des examens, des factures, des peurs qui revenaient parfois au milieu de la nuit.
Mais j’avais retrouvé ma liberté.
Un dimanche matin, j’ai ouvert la pâtisserie avant le lever du soleil. Thomas est arrivé avec deux cafés, a déposé un baiser sur mon front et s’est mis à m’aider à préparer les commandes.
À travers la vitrine, Lyon s’éveillait doucement.
J’ai repensé à la femme que j’étais le soir où Julien avait fait ses valises. Cette femme croyait qu’elle devait encore se battre pour retenir son mari, alors qu’elle se battait déjà pour sa vie.
J’aurais voulu lui dire une chose.
Tu n’as pas perdu l’homme qui t’aimait. Tu as découvert l’homme qu’il était lorsque tu avais le plus besoin de lui.
Et surtout, tu as découvert que ta vie ne s’arrêtait pas au moment où il décidait de partir.
Julien avait choisi une autre femme.
Moi, j’avais fini par me choisir moi-même.
Et pour la première fois depuis longtemps, cela suffisait à me rendre heureuse.