Je lui parlai de Michael, de mes parents, de Vanessa et de ma peur que mes enfants se retrouvent dans un environnement où ils seraient considérés comme une charge.

— Je veux qu’ils soient aimés, dis-je. Je veux qu’ils soient en sécurité. Je ne veux pas qu’on les déplace de maison en maison simplement parce que les adultes autour d’eux ne veulent pas être dérangés.

Denise hocha la tête.

— C’est une demande tout à fait raisonnable. Nous allons vérifier les possibilités, une étape à la fois.

Elle prit des notes, puis me demanda si j’avais une personne de confiance en dehors de ma famille immédiate.

Je pensai à Rachel.

Rachel était la sœur aînée de Michael. Nous n’étions pas toujours d’accord sur tout, mais elle avait toujours été honnête avec moi. Après la mort de son frère, elle venait chaque semaine passer quelques heures avec les jumeaux. Elle apportait des plats préparés, pliait le linge et repartait sans jamais me faire sentir que je lui devais quoi que ce soit.

Je n’avais pas osé lui demander davantage.

Elle travaillait comme enseignante et élevait seule sa fille adolescente. Je ne voulais pas lui imposer mes problèmes.

Denise me tendit mon téléphone.

— Vous pourriez peut-être lui demander si elle serait disposée à discuter d’une solution temporaire. Elle pourra toujours dire non, mais vous méritez de savoir si vous avez une autre option.

Je composai son numéro.

Elle décrocha au deuxième signal.

— Claire ? Qu’est-ce qui se passe ?

Ma voix se brisa.

— Rachel, je suis à l’hôpital. J’ai eu un accident. Les enfants vont bien, mais je ne peux pas m’occuper d’eux. Je sais que tu as déjà beaucoup à faire et je ne veux pas t’imposer quoi que ce soit, mais…

— Où sont-ils ?

Sa question fut si immédiate que je m’interrompis.

— Dans une pièce voisine.

— Est-ce qu’ils ont mangé ?

— Oui.

— Est-ce qu’ils ont leurs affaires ?

— Oui.

— D’accord. Envoie-moi le nom de l’hôpital. J’arrive.

Je restai bouche bée.

— Rachel, tu n’es pas obligée de…

— Claire, écoute-moi. Je ne sais pas encore combien de temps tu vas avoir besoin d’aide. Je ne sais pas comment nous allons organiser tout cela. Mais ce sont les enfants de mon frère. Et ils sont aussi les tiens. Je ne vais pas les laisser seuls pendant que tu es à l’hôpital.

Elle raccrocha avant que je puisse répondre.

Je regardai Denise.

— Elle vient.

Denise sourit.

— Alors, nous avons un début de solution.

Un début.

C’était peu, mais c’était déjà plus que tout ce que ma famille m’avait offert ce jour-là.

La décision que je n’aurais jamais cru devoir prendre

Rachel arriva moins d’une heure plus tard, accompagnée d’une amie qui l’aida à transporter les affaires des jumeaux.

Lorsqu’elle entra dans la chambre, elle avait les yeux rouges et le visage pâle.

— Mon Dieu, Claire…

Elle s’approcha du lit avec précaution.

— Comment tu te sens ?

— J’ai mal partout.

— Je m’en doute.

Elle posa son sac, puis se tourna vers les enfants. Noah se mit à pleurer en la voyant, tandis que Lily tendait les bras vers elle.

Rachel les prit doucement contre elle.

— Bonjour, mes petits trésors. Tata est là.

Je les regardai s’installer contre son épaule, leurs petits doigts accrochés à son pull.

Je voulais me lever. Les serrer contre moi. Leur promettre que tout irait bien.

À la place, je restai allongée, incapable de bouger sans une douleur aiguë.

Rachel s’assit près de moi.

— Je peux les garder quelques jours pendant que nous organisons la suite. Nous parlerons avec l’assistante sociale et nous verrons ce qui est possible. Je ne vais pas te faire de promesses irréalistes, mais je vais faire tout ce que je peux.

Je hochai la tête.

— Merci.

Elle me prit la main.

— Ne me remercie pas de faire ce que quelqu’un aurait dû faire depuis longtemps.

Je savais de qui elle parlait.

Mais, pour la première fois, je n’avais plus envie de défendre mes parents.

Je n’avais plus envie d’expliquer que ma mère était fatiguée, que mon père avait besoin de se reposer ou que Vanessa traversait une période compliquée.

J’étais fatiguée, moi aussi.

J’avais perdu mon mari. J’élevais deux bébés. Je venais de subir un accident grave. Et, même dans cet état, une partie de moi cherchait encore une excuse à ceux qui refusaient de m’aider.

Cette partie-là venait de se taire.

Le lendemain matin, Daniel arriva à l’hôpital avec une chemise cartonnée et une tablette.

Il avait déjà commencé à examiner mes comptes.