Son regard changea imperceptiblement.
— Vous avez raison.
Il marqua une pause, puis ajouta :
— Je vous présente mes excuses.
Je ne m’attendais pas à entendre ces mots de sa bouche.
À l’aube, le médecin vint nous annoncer que Belle avait répondu au traitement initial. Son état demeurait fragile, mais elle était consciente et pouvait parler quelques instants.
Harlan entra seul dans sa chambre. Je restai dans le couloir, convaincue que ma présence n’était plus nécessaire.
Quelques minutes plus tard, il revint.
— Elle veut vous voir.
Belle était allongée dans un lit trop grand pour elle, reliée à plusieurs appareils. Lorsqu’elle m’aperçut, elle tenta de sourire.
— Tu es restée.
— Bien sûr.
— Les autres partent toujours quand j’ai du mal à respirer.
Je sentis ma gorge se serrer.
— Qui part, Belle ?
Elle tourna les yeux vers son père, qui se tenait près de la fenêtre.
— Les gens disent que je suis fragile. Ils disent à papa qu’il ne faut pas me contrarier. Alors, quand je tombe malade, tout le monde a peur et personne ne me parle normalement.
Harlan ferma les yeux un instant.
La fillette me tendit sa petite main.
— Tu peux me raconter quelque chose ?
Je lui racontai l’histoire d’une chatte errante qui avait décidé qu’un restaurant cinq étoiles était sa nouvelle maison. Belle rit doucement, puis s’endormit.
En quittant la chambre, Harlan me demanda de le suivre dans une salle de consultation vide.
Il posa sur la table un dossier épais.
— Belle n’était pas censée se trouver dans ce garage.
Il m’expliqua qu’elle avait disparu plus tôt dans la soirée alors qu’elle se trouvait sous la surveillance de sa gouvernante et de deux agents de sécurité. Son véhicule avait été retrouvé abandonné à plusieurs rues de là. Les caméras du garage montraient qu’elle était arrivée seule à pied.
— Quelqu’un l’a laissée sortir, dis-je.
— C’est ce que je pense.
Il ouvrit le dossier. À l’intérieur se trouvaient des photographies, des horaires et des captures d’écran.
— Ma fille souffre d’une malformation cardiaque congénitale. Elle a besoin de médicaments réguliers et d’une surveillance étroite. Pourtant, depuis trois semaines, son traitement a été interrompu à plusieurs reprises. Chaque fois, on m’a affirmé qu’il s’agissait d’une erreur de livraison.
Il me regarda droit dans les yeux.
— Ce soir, j’ai appris que quelqu’un avait également désactivé son dispositif de localisation.
Je sentis un frisson me parcourir.
— Vous pensez que quelqu’un voulait lui faire du mal ?
— Je pense que quelqu’un voulait qu’elle disparaisse assez longtemps pour que je sois forcé de céder à certaines exigences.
Il ne précisa pas lesquelles. Je compris que ces affaires dépassaient largement ce que je pouvais imaginer.
— Pourquoi me raconter tout ça ?
— Parce que Belle vous fait confiance. Et parce que vous êtes la seule personne qui l’a aidée sans attendre quoi que ce soit en retour.
Je secouai la tête.
— Je ne suis pas détective. Je n’ai pas de formation médicale. Je ne peux pas résoudre les problèmes de votre famille.
— Je ne vous demande pas de les résoudre.
Il sortit une carte de visite.
— Je veux que vous restiez en contact avec Belle, si vous le souhaitez. Elle a besoin de personnes qui la traitent comme une enfant, pas comme un objet précieux qu’on enferme dans une vitrine.
Je regardai la carte sans la prendre.
— Et si je refuse ?
— Alors je vous remercierai de l’avoir sauvée et je vous laisserai partir.
Cette réponse me surprit davantage que toutes ses menaces auraient pu le faire.
Je finis par accepter de revenir rendre visite à Belle, mais je posai mes conditions : aucun mensonge, aucune implication dans les affaires de Harlan et aucun argent en échange de ma présence.
Il accepta.
Je pensais que l’histoire s’arrêterait là.
Je me trompais.
Le lendemain après-midi, alors que je rentrais de l’hôpital, un SUV noir s’arrêta devant mon immeuble. Un homme en descendit et me tendit une enveloppe.
À l’intérieur se trouvait un avis officiel confirmant que ma dette de loyer avait été réglée par l’intermédiaire d’un fonds d’aide d’urgence. Aucune somme ne m’était remise directement, et aucun service ne m’était demandé en retour. Une note manuscrite accompagnait le document.
Vous aviez raison. Vous ne m’avez pas aidé pour de l’argent. Mais cela ne signifie pas que je devais vous laisser perdre votre logement après avoir sauvé ma fille. Si vous préférez refuser cette aide, je respecterai votre décision.
La note était signée Harlan Voss.
Je restai longtemps devant la porte de mon appartement, incapable de décider si je devais être reconnaissante ou méfiante.
Puis mon téléphone sonna.
C’était l’hôpital.
Belle s’était réveillée et demandait après moi.
Je pris mon sac, glissai l’enveloppe dans une poche et repartis.