— Jessica est partie ? répétai-je, la gorge sèche.
Chloe baissa les yeux. Ses doigts serrèrent doucement les miens.
— Elle est venue à l’hôpital. Mais elle n’est restée que quelques minutes.
— Pourquoi ?
Elle hésita, puis sortit son téléphone.
— Mark, je ne voulais pas te l’apprendre comme ça. Mais tu dois savoir ce qui s’est passé avant ton accident.
Elle ouvrit une conversation et me montra plusieurs messages.
Jessica avait écrit à une amie :
« Je n’en peux plus de jouer les petites amies parfaites. Mark est gentil, mais je ne me vois pas passer ma vie avec lui. Dès qu’il aura récupéré, je mettrai fin à cette relation. »
Je relus les mots plusieurs fois.
— Depuis combien de temps elle pense ça ?
— Je ne sais pas exactement. Mais ce n’est pas tout.
Chloe prit une profonde inspiration.
— Le soir où tu t’es effondré, Jessica était avec un autre homme. Je l’ai appelée dès que j’ai appris que tu étais à l’hôpital. Elle m’a répondu qu’elle ne pouvait pas venir parce qu’elle avait quelque chose de plus important à régler.
Je sentis une douleur sourde dans ma poitrine.
— Et toi, tu es venue ?
Elle hocha la tête.
— Je ne pouvais pas te laisser seul.
Je détournai le regard. Je ne savais pas quoi dire. Chloe et moi avions toujours été proches, mais je n’avais jamais imaginé qu’elle serait la seule personne à rester auprès de moi cette nuit-là.
— Pourquoi tu as pleuré en me voyant ouvrir les yeux ? demandai-je finalement.
Elle resta silencieuse.
Puis elle murmura :
— Parce que j’ai cru que je ne pourrais jamais te dire ce que je ressens.
Je tournai lentement la tête vers elle.
— Chloe…
— Je sais. Tu es le petit ami de ma sœur. Je sais que c’est compliqué et je ne veux pas te mettre dans une situation impossible. Mais je ne peux plus faire semblant de ne rien ressentir.
Elle essuya rapidement ses joues.
— Je suis tombée amoureuse de toi bien avant que Jessica et toi commenciez à sortir ensemble. Je n’ai jamais rien dit parce que je respectais votre relation.
Je restai sans voix.
À cet instant, la porte s’ouvrit brusquement.
Jessica entra, un bouquet de fleurs à la main.
— Mark ! Mon Dieu, tu es réveillé !
Elle s’approcha du lit et voulut m’embrasser sur le front. Je tournai légèrement la tête.
Son sourire disparut.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Je lui montrai les messages sur le téléphone de Chloe.
Jessica pâlit.
— Tu n’aurais pas dû lire ça…
— C’est donc vrai ?
— Mark, je peux expliquer.
— Tu savais que j’étais à l’hôpital. Tu savais que j’avais besoin de toi. Et tu as préféré rester ailleurs.
Elle posa le bouquet sur la table.
— Je ne savais pas que c’était aussi grave !
Chloe intervint calmement :
— Je t’ai appelée trois fois. Tu as raccroché.
Jessica se retourna vers sa sœur.
— Toi, ne te mêle pas de ça !
— Je m’en suis mêlée toute la nuit, Jessica. Parce que quelqu’un devait le faire.
Un silence lourd envahit la chambre.
Je regardai Jessica.
— Je ne veux pas de dispute. Je veux simplement que tu partes.
— Tu vas vraiment me quitter à cause d’un malentendu ?
— Non. Je te quitte parce que j’ai compris que je ne pouvais pas compter sur toi.
Elle tenta de protester, mais je fermai les yeux.
Quelques secondes plus tard, j’entendis la porte se refermer.
Les jours suivants furent consacrés à ma convalescence. Chloe venait me rendre visite après ses cours, m’apportait mes affaires et discutait avec moi pour m’aider à oublier l’ennui de l’hôpital.
Elle ne me demanda jamais de lui donner une chance.
Elle ne profita jamais de ma rupture avec Jessica.
Un soir, je lui dis :
— Tu sais, je ne veux pas que tu sois simplement la personne qui m’a aidé à oublier ta sœur.
Elle me regarda attentivement.
— Je ne veux pas être un remplacement, Mark. Je veux être choisie pour ce que je suis.
Je souris.
— Alors laisse-moi d’abord guérir. Et ensuite, si tu es toujours d’accord, j’aimerais apprendre à te connaître autrement.
Elle sourit à son tour, les yeux brillants.
— Je peux attendre.
Six mois plus tard, nous étions assis dans le même petit café où Chloe m’avait confié ses sentiments. Notre relation avait grandi lentement, sans précipitation, et surtout sans secrets.
Jessica, elle, avait tenté de revenir plusieurs fois. J’avais fini par lui répondre que notre histoire appartenait au passé.
Je n’avais aucune envie de transformer cette histoire en compétition entre deux sœurs.
Chloe méritait mieux que cela.
Un soir, elle posa sa tête contre mon épaule et murmura :