Victoria ricana.

— Tu crois vraiment que tu peux débarquer ici avec cinq enfants et prétendre qu’ils appartiennent aux Sterling ? Tu as toujours été douée pour jouer les victimes, Genevieve.

Je n’ai pas répondu immédiatement.

J’ai simplement posé une main sur l’épaule de Rose, qui commençait à se cacher derrière moi.

— Victoria, nous sommes à des funérailles. Respecte au moins la mémoire de l’homme que nous sommes venus accompagner.

— Ne prononce pas son nom comme si tu avais encore ta place dans cette famille !

Sa voix résonna dans le cimetière.

C’est à cet instant que Julian s’approcha.

Il portait un costume noir impeccable, mais son visage semblait épuisé. Il s’arrêta à quelques mètres de nous, incapable de détacher les yeux des enfants.

— Genevieve…

Sa voix était presque un murmure.

Je tournai légèrement la tête.

— Bonjour, Julian.

Il ne répondit pas. Son regard s’était posé sur Ethan, puis sur Noah et Luke. Enfin, il observa les deux petites filles.

Emma, la plus jeune, leva les yeux vers lui.

— Maman, c’est qui, le monsieur ?

Julian eut un mouvement imperceptible.

Je pris une inspiration.

— C’est Julian. Un vieil ami de maman.

— Pourquoi il nous regarde comme ça ?

Personne ne répondit.

Julian finit par s’agenouiller devant les enfants.

— Quel âge avez-vous ?

Ethan, qui avait toujours été le plus courageux, croisa les bras.

— Pourquoi vous voulez savoir ?

Julian déglutit.

— Parce que… j’aimerais vous connaître.

Je vis Victoria pâlir.

— Julian, ne commence pas ! Cette femme essaie de te manipuler !

Il se releva brusquement.

— Assez, Victoria.

— Tu ne comprends pas ! Elle revient après dix ans avec cinq enfants qui te ressemblent et tu vas simplement la croire ?

— Je n’ai encore rien cru du tout.

Il se tourna vers moi.

— Genevieve, est-ce que tu peux m’expliquer ?

Je le regardai longuement. Dix ans plus tôt, j’avais supplié cet homme de m’écouter. J’avais pleuré, présenté des preuves, tenté de lui expliquer que les accusations de Victoria étaient mensongères.

Il avait choisi de croire une autre version.

Cette fois, je n’avais plus envie de supplier.

— Tu veux vraiment connaître la vérité ? Alors demande-toi pourquoi ton père m’a écrit pendant toutes ces années. Demande-toi pourquoi il a passé des mois à essayer de me retrouver.

Le visage de Julian changea.

— Mon père t’écrivait ?

Je sortis doucement de mon sac une petite enveloppe jaunie.

— Il m’a envoyé cette carte à Noël. Il savait que j’étais enceinte de mon premier enfant. Il savait aussi que je n’avais jamais cessé de penser à lui.

Julian prit la carte avec des mains tremblantes.

À l’intérieur, l’écriture d’Harrison était encore parfaitement lisible :

« Genevieve, je ne sais pas si mon fils aura un jour le courage de reconnaître ses erreurs. Mais je veux que tu saches une chose : je n’ai jamais cru les accusations portées contre toi. Si un jour tu as besoin de moi, cette maison aura toujours une porte ouverte pour toi et tes enfants. »

Julian releva brusquement la tête.

— Quels enfants ?

Je ne détournai pas les yeux.

— Les tiens, Julian.

Un silence absolu tomba sur le cimetière.

Victoria recula d’un pas.

— C’est faux ! Tu mens !

Je sortis alors une seconde enveloppe. Elle contenait cinq copies de certificats de naissance et un document médical confirmant la paternité de Julian.

— Je n’avais aucune intention de te retrouver. Mais tu as le droit de savoir. Et eux ont le droit de connaître leurs origines.

Julian prit les documents.

Il lut le premier nom.

Puis le deuxième.

Puis les trois autres.

Ses lèvres tremblaient.

— Cinq… J’ai cinq enfants ?

— Oui.

Il porta une main à son visage.

— Pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit ?

Cette fois, je laissai échapper un rire sans joie.

— Je t’ai appelé pendant des semaines après notre séparation. J’ai envoyé des lettres. Je suis même venue devant cette maison. Ta mère m’a fait dire que tu ne voulais plus jamais entendre parler de moi. Et Victoria m’a montré des messages prétendument écrits par toi, dans lesquels tu disais que tu ne voulais pas de cet enfant.

Julian se retourna lentement vers Victoria.

— Quels messages ?

Elle secoua la tête.

— C’était il y a dix ans ! Je voulais simplement protéger notre famille !

— Notre famille ? répéta-t-il.

À cet instant, un homme âgé s’approcha de nous. C’était le notaire d’Harrison, que j’avais déjà rencontré lors de quelques échanges par courrier.

Il tenait une chemise en cuir.

— Monsieur Sterling, votre père m’a demandé de vous remettre ceci après ses funérailles, si Genevieve venait.

Julian ouvrit la chemise.