Et il avait organisé des soins qui n’étaient plus assurés, tout en continuant à me convaincre que tout allait bien.

Je ne savais pas encore si ces faits étaient liés à l’assurance.

Mais je savais désormais que je ne pouvais plus considérer mon mari comme un simple menteur.

Le soir même, Richard m’a appelée.

J’étais à l’hôpital, assise près de ma mère, lorsqu’il a laissé son nom apparaître sur l’écran.

J’ai attendu quelques secondes avant de répondre.

— Claire, enfin ! Où es-tu ?

Sa voix avait retrouvé son ton chaleureux, celui qu’il utilisait lorsqu’il voulait me faire croire que j’exagérais.

— À l’hôpital.

— Tu ne peux pas rester là toute la nuit. Ta mère a besoin de repos.

— Les médecins s’occupent d’elle.

Il a soupiré.

— Écoute, je sais que tu es bouleversée. Tu as découvert une situation qui peut sembler terrible, mais il faut que tu comprennes que je faisais de mon mieux.

— Pourquoi as-tu interrompu les soins ?

Un silence.

— Je ne les ai pas interrompus. J’ai changé d’organisation.

— Pourquoi les factures continuaient-elles d’être payées ?

— Je ne sais pas. Il faudra demander à l’agence.

— Pourquoi maman était-elle attachée à son lit ?

— Je te l’ai expliqué. Elle était confuse.

Je me suis tournée vers le lit.

Ma mère dormait, épuisée par les soins et les examens.

— Richard, ai-je dit doucement, as-tu souscrit une assurance décès sur ma vie ?

Il n’a pas répondu immédiatement.

J’ai entendu un bruit de fond, puis une porte qui se fermait.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Une demande d’assurance a été retrouvée dans la chambre de maman. Deux millions d’euros. Tu es désigné comme bénéficiaire.

Cette fois, le silence a duré assez longtemps pour que je comprenne qu’il cherchait une réponse.

— C’est une erreur administrative, a-t-il fini par dire. J’ai voulu comparer des offres d’assurance pour nous deux. Tu sais comment ça fonctionne, les courtiers remplissent des documents préliminaires.

— Avec ma signature ?

— Je ne sais pas ce que tu as vu exactement.

— Une signature qui ressemble à la mienne, mais que je n’ai pas faite.

Il a expiré bruyamment.

— Claire, tu es en train de perdre la tête. Tu viens de rentrer d’un voyage fatigant, ta mère est malade et tu cherches un coupable. Tu interprètes tout de travers.

Je me suis souvenue de son expression lorsque je l’avais surpris dans la chambre.

De son empressement à faire passer ma mère pour confuse.

De son ordre de couper la caméra.

Je n’ai pas répondu à sa provocation.

— Les documents ont été remis à la police.

Il a brusquement changé de ton.

— Tu as fait quoi ?

— La police est au courant.

— Claire, écoute-moi très attentivement. Tu n’as aucune idée de ce que tu viens de déclencher.

Il avait parlé trop vite.

Puis il s’était tu.

J’ai raccroché.

Quelques minutes plus tard, j’ai reçu un message.

Tu vas regretter d’avoir mêlé la police à nos affaires.

Je l’ai transmis aux enquêteurs.

Cette fois, je n’avais plus besoin de me demander si je devais lui donner une nouvelle chance de s’expliquer.

Je devais protéger ma mère, préserver les preuves et laisser la justice établir ce qu’il avait réellement fait.

Le lendemain matin, les enquêteurs ont découvert un autre élément.

L’adresse électronique utilisée pour la demande d’assurance était liée à un compte que Richard employait pour gérer plusieurs affaires personnelles. Le courtier avait confirmé avoir reçu une demande préliminaire, mais il n’avait pas encore validé le contrat, faute de documents et de vérifications indispensables.

Richard avait donc tenté de mettre en place une assurance dont j’ignorais l’existence.

Les enquêteurs ont également récupéré les communications entre lui et l’agence d’aide à domicile. Elles montraient qu’il avait demandé l’arrêt des visites, puis insisté pour que les factures déjà émises soient maintenues le temps de « régler une question de paiement ».

Ce n’était pas une preuve suffisante pour conclure qu’il avait voulu provoquer la mort de ma mère ou la mienne.

Mais ce n’était plus une simple dispute conjugale.

Les documents étaient désormais examinés dans le cadre d’une enquête portant sur les conditions de vie de ma mère, la souscription de l’assurance et les déclarations faites aux différents organismes.

Lorsque les policiers ont demandé à Richard de venir s’expliquer, il a refusé dans un premier temps, prétendant être occupé par une réunion.

Puis il a envoyé un avocat.

L’enquêteur m’a appelée dans l’après-midi.

— Madame Hale, nous avons besoin de vous poser une question. Votre mari connaissait-il la date exacte de votre retour ?

— Oui. Il savait que mon vol initial était prévu vendredi.

— Et votre retour anticipé ?

— Non. Je ne l’avais annoncé à personne.

Il y a eu un silence.