Mais ce n’était pas ma signature.
— Qui a écrit ça ? demandai-je.
Adam devint livide.
— Je n’ai jamais signé à ta place, dit-il aussitôt.
— Je ne t’ai pas demandé si tu avais signé.
Éva voulut reprendre le document. Je le gardai devant moi.
— C’est moi qui ai rempli le dossier, finit-elle par avouer. Adam m’a donné les renseignements sur l’appartement. Je pensais que tu finirais par accepter. Il fallait simplement prouver qu’ils avaient une solution d’hébergement.
— Vous avez imité ma signature ?
— Ce n’était pas pour te faire du mal ! Ils risquaient de se retrouver à la rue !
Marika avait cessé de manger. Bálint fixait ses mains. Tamás, lui, semblait soudain beaucoup moins sûr de lui.
— Nous ne savions pas qu’elle n’était pas d’accord, murmura Marika. Éva nous avait dit que tout était réglé entre vous.
Je me tournai vers elle.
— Je vous crois peut-être. Mais vous comprenez que vous ne pouvez pas décider de vivre chez moi sur la foi d’une autorisation que je n’ai jamais donnée ?
Elle acquiesça, honteuse.
Adam s’approcha de moi.
— Je suis désolé. J’aurais dû t’en parler.
— Non, Adam. Tu aurais dû me demander mon accord. Et tu aurais dû t’assurer que personne ne falsifiait mon nom.
Il resta silencieux.
Je pris une profonde inspiration. J’étais en colère, mais je savais qu’une scène ne réglerait rien. Ce dossier pouvait avoir des conséquences administratives, et je ne voulais pas que la peur ou la culpabilité conduise qui que ce soit à inventer encore une version des faits.
Je photographiai chaque page, puis remis le document sur la table.
— Premièrement, personne ne s’installe ici ce soir sans notre accord commun. Deuxièmement, nous allons faire rectifier cette attestation auprès de l’organisme concerné. Je ne prétendrai pas avoir donné mon consentement. Troisièmement, nous chercherons une solution temporaire pour Marika, Bálint et Tamás, mais pas en sacrifiant notre logement ni en falsifiant des documents.
Éva secoua la tête.
— Tu vas les mettre dehors, alors qu’ils n’ont nulle part où aller ?
— Je n’ai jamais dit cela. Je refuse simplement qu’on fasse de moi leur solution sans me consulter.
Je me tournai vers Marika et son mari.
— Je peux vous aider à contacter les services sociaux de votre commune et à chercher un hébergement temporaire. Si vous avez besoin de quelques heures pour appeler vos proches, nous pouvons nous organiser. Mais je ne peux pas vous promettre un mois dans un appartement qui n’a pas été prévu pour cinq personnes.
Marika avait les yeux humides.
— Je suis désolée. Nous avons cru que vous étiez d’accord.
Je hochai la tête. Je n’avais pas envie de leur faire payer les décisions prises par Éva et Adam, mais je n’étais pas non plus prête à faire comme si rien ne s’était passé.
Les deux heures suivantes furent longues. Adam téléphona à plusieurs proches. Marika contacta une amie qui habitait dans une ville voisine. Finalement, elle accepta de les accueillir pour quelques nuits, le temps qu’ils trouvent une solution plus stable. Adam les aida à charger leurs valises dans sa voiture.
Avant de partir, Bálint me tendit la main.
— Je vous présente mes excuses pour être entré chez vous comme si tout nous était dû.
Je la serrai.
Tamás récupéra son sac et s’excusa d’avoir utilisé mon ordinateur sans permission.
Éva, elle, resta près de la porte.
— Je voulais seulement aider ma famille, dit-elle d’une voix plus faible.
— Aider quelqu’un ne donne pas le droit de décider à la place des autres.
Elle ne répondit pas.
Quand la porte se referma enfin, l’appartement sembla immense malgré les sacs, les assiettes sales et le lait renversé dans l’entrée.
Adam se plaça devant moi.
— Je sais que j’ai mal agi. J’ai voulu éviter un conflit avec ma mère. Je me suis dit que tu finirais par comprendre.
— Et pour éviter un conflit avec elle, tu as choisi de m’en imposer un à moi.
Il baissa la tête.
— Oui.
C’était la première réponse honnête de la soirée.
Je ne lui pardonnai pas immédiatement. Les excuses ne pouvaient pas effacer le fait qu’il avait pris une décision concernant notre maison sans me consulter, ni celui que mon nom avait été utilisé sur un document sans mon autorisation.
Le lendemain, nous contactâmes l’organisme concerné pour signaler que l’attestation comportait une signature contestée et que je n’avais jamais donné mon accord. Nous demandâmes la procédure à suivre pour corriger le dossier. Je conservai les échanges et les copies des documents, sans chercher à déterminer moi-même toutes les responsabilités juridiques.
Puis Adam et moi nous assîmes à la table de la cuisine.