Mais Dashiell posa calmement ses couverts.

« Je ne crois pas qu’elle ait besoin de devenir quelqu’un d’autre pour mériter le respect. »

Mon père resta silencieux.

Puis Dashiell ajouta :

« Et si nous devons travailler ensemble, je préfère que ce soit sur la base de compétences réelles, pas de relations familiales. »

Je le regardai, surprise.

Après le dîner, il me rejoignit sur la terrasse.

« Tu es fâchée ? » demanda-t-il.

« Un peu. Tu aurais pu me dire qui tu étais. »

« Je ne pensais pas que mon nom devait changer la façon dont tu me voyais. »

Je croisai les bras.

« Et tu ne pouvais pas me dire que tu étais riche ? »

Il sourit.

« Tu ne m’as jamais demandé combien je possédais. Tu m’as demandé si je savais résoudre une équation. »

Je ris malgré moi.

Puis son expression devint plus sérieuse.

« Twyla, je dois te dire quelque chose. Je n’ai pas accepté de vivre chez Hollis uniquement parce que j’avais besoin d’un appartement. J’avais besoin de m’éloigner de ma famille. »

Je l’écoutai attentivement.

Il m’expliqua que son père avait toujours organisé sa vie à sa place : ses études, ses fréquentations, ses relations professionnelles et même ses futures fiançailles. Plusieurs femmes s’étaient intéressées à lui, mais il avait toujours eu le sentiment qu’elles voyaient davantage son nom que sa personne.

« Alors j’ai décidé de vivre simplement pendant quelque temps. Je voulais savoir qui je serais si personne ne connaissait mon nom. »

Je compris soudain pourquoi il paraissait si réservé.

« Et tu as trouvé ta réponse ? »

Il me regarda.

« Je crois que je suis encore en train de la chercher. Mais depuis deux semaines, quelqu’un me pose des questions très étranges sur les enfants, les mariages et les calculs avancés. C’est devenu une partie agréable de mes journées. »

Mon cœur se mit à battre plus vite.

« Tu te moques de moi ? »

« Un peu. Mais je suis sérieux sur le reste. »

Il s’approcha légèrement.

« J’aimerais t’inviter à sortir. Pas comme le fils Keene. Pas comme le colocataire de Hollis. Simplement comme Dashiell. »

Je souris.

« D’accord. Mais je te préviens : je suis très exigeante. »

« J’avais remarqué. »

« Et je veux choisir le restaurant. »

« Bien sûr. »

« Et tu devras répondre à une dernière question. »

Il attendit.

« Tu préfères les enfants aux yeux bleus ou marron ? »

Cette fois, Dashiell éclata de rire.

Trois mois plus tard, nous étions officiellement ensemble. Mon père finit par comprendre que son partenariat avec les Keene ne dépendrait pas de ma relation avec Dashiell. Et Hollis, qui avait été notre entremetteur involontaire, reçut l’interdiction formelle de raconter notre histoire lors des repas de famille.

Un an après notre première rencontre, Dashiell m’emmena dans le petit café où nous avions partagé notre premier vrai rendez-vous.

Il sortit une petite boîte de sa poche.

« Tu te souviens du nom que tu m’avais donné dans ton téléphone ? »

Je devins rouge.

« Ne me le rappelle pas. »

« Futur Mari. »

Il ouvrit la boîte. Une bague brillait à l’intérieur.

« Je me suis dit que nous pourrions peut-être transformer cette plaisanterie en réalité. Twyla, veux-tu m’épouser ? »

Je regardai cet homme que j’avais d’abord pris pour une statue de marbre, puis appris à connaître derrière son silence et son nom prestigieux.

« Oui », répondis-je. « Mais j’ai une condition. »

« Laquelle ? »

« Tu devras continuer à m’aider en mathématiques. »

Il sourit.

« Même après le mariage ? »

« Surtout après le mariage. »

Et tandis qu’il passait la bague à mon doigt, je compris que j’avais eu raison sur une chose depuis le premier jour : Dashiell Keene allait bien devenir mon mari.

Simplement, je ne savais pas encore que derrière cet inconnu au regard glacial se cachait l’homme qui me ferait rire le plus souvent au monde.

Parfois, les plus belles histoires commencent par un coup de foudre un peu ridicule… et un numéro enregistré sous un nom beaucoup trop audacieux.