— L’argent qui nous a permis de terminer de rembourser cette dette venait en partie d’un placement que nous avions constitué pour l’avenir d’Émilie.
Antoine fronça les sourcils.
— Un placement ? Je ne comprends pas.
Michel ouvrit un tiroir et sortit une chemise cartonnée.
À l’intérieur se trouvaient des relevés bancaires, des copies de contrats et plusieurs courriers anciens.
— À la naissance d’Émilie, nous avons créé un compte destiné à financer ses études et à lui garantir une certaine sécurité lorsqu’elle serait adulte. Mais après les difficultés de l’entreprise, nous avons utilisé une partie de cet argent pour couvrir des dépenses urgentes. Nous pensions pouvoir le reconstituer rapidement.
— Et vous l’avez fait ?
Son père baissa les yeux.
— Pas entièrement.
Antoine parcourut les relevés.
Les sommes retirées étaient importantes. Certaines avaient été remboursées, d’autres non. Une partie des opérations n’était accompagnée d’aucune explication claire.
— Pourquoi ne m’avez-vous jamais parlé de ça ?
— Parce que nous avions honte, répondit Françoise. Et parce que nous voulions que tu continues à croire que tout allait bien.
Antoine reposa les documents.
Il aimait ses parents, mais il ne pouvait pas ignorer ce qu’il venait d’apprendre.
— Et Clara ? Comment est-elle au courant ?
Michel secoua la tête.
— Nous ne le savons pas.
Antoine pensa aux documents photographiés dans son appartement.
Il demanda à son père s’il avait parlé de ce compte à quelqu’un récemment.
Michel hésita, puis mentionna un rendez-vous datant de trois mois avec un conseiller financier. Il avait demandé des renseignements sur la possibilité de reconstituer le placement, car il voulait s’assurer qu’Émilie disposerait de l’argent nécessaire pour ses études.
Le conseiller avait transmis une partie des informations à un cabinet chargé d’étudier les finances de la famille.
Or Clara travaillait dans l’immobilier et connaissait plusieurs personnes dans ce milieu.
Antoine ne disposait pas encore de preuve qu’elle avait cherché à accéder à ces informations. Mais il commençait à comprendre pourquoi elle s’intéressait autant à l’histoire de sa sœur.
Il demanda à son père de lui remettre une copie des documents et de faire vérifier les mouvements du compte par un professionnel indépendant.
Puis il rentra chez lui.
Il n’appela pas Clara pour l’accuser. Il voulait d’abord comprendre ce qu’elle avait réellement fait.
Le soir même, il lui envoya un message pour lui demander de venir discuter le lendemain.
Elle arriva à 19 heures, vêtue avec élégance, un petit sourire aux lèvres.
— Tu voulais me voir ?
Antoine lui indiqua le canapé.
— J’ai regardé les caméras de samedi.
Son sourire disparut.
— Tu m’espionnes maintenant ?
— Les caméras sont installées depuis le cambriolage. Je les ai consultées parce qu’Émilie semblait bouleversée. J’ai entendu ce que tu lui as dit.
Clara croisa les bras.
— Je voulais lui faire comprendre qu’elle ne pouvait pas continuer à monopoliser ton attention.
— Elle a sept ans, Clara.
— Et alors ? Elle doit apprendre que tu ne seras pas toujours disponible pour elle.
— Lui faire comprendre qu’elle risque de perdre son frère, ce n’est pas lui apprendre à grandir. C’est lui faire peur.
Clara détourna les yeux.
Antoine posa ensuite sur la table les copies des documents bancaires.
— Pourquoi as-tu photographié ces papiers dans mon bureau ?
Elle se raidit.
— Je ne sais pas de quoi tu parles.
— J’ai les enregistrements. Je veux simplement que tu me dises la vérité.
Pendant quelques secondes, Clara resta silencieuse. Puis elle poussa un soupir.
— Je savais qu’il existait un placement au nom d’Émilie. Une connaissance m’en avait parlé. Je voulais comprendre pourquoi ta famille avait autant d’argent immobilisé alors que ton père prétendait devoir réduire certaines dépenses de l’entreprise.
— Et tu pensais que cela te concernait ?
— Nous allions nous marier, Antoine. Je pensais que nous construirions un avenir ensemble. Je voulais savoir quelle place cette enfant occuperait dans tes décisions financières.
Antoine la fixa.
— Tu as donc fouillé mes documents et tu as fait pression sur ma sœur pour qu’elle prenne ses distances avec moi ?
— Je ne lui ai jamais fait de mal physiquement !
— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé.
Clara se leva brusquement.
— Tu ne comprends pas ! Chaque fois que nous avions un projet, Émilie passait avant moi. Tu changeais tes plans pour elle, tu dépensais de l’argent pour elle et tu te comportais comme si j’étais censée accepter indéfiniment cette situation.
Antoine ne nia pas tout.
Il savait qu’il avait parfois annulé des engagements sans réfléchir aux conséquences pour Clara. Il avait pu manquer d’attention envers sa compagne. Mais cela ne justifiait pas la manière dont elle avait traité sa sœur.