Arthur fixa l’écran de son téléphone, attendant que son grand-père décroche. Yulia, elle, avait cessé de crier. Elle observait les documents que Svetlana tenait entre ses mains, comme si elle espérait y découvrir une erreur.

— Grand-père, il faut que tu m’expliques ce que tu as fait ! lança Arthur dès que l’appel fut connecté. Tu as vendu l’appartement ? Celui où je vis avec ma femme ?

La voix du vieil homme résonna dans le haut-parleur.

— Je n’ai pas vendu ton appartement, Arthur. J’ai vendu le mien.

— Mais tu savais que j’avais commencé les travaux ! J’ai emprunté près de deux millions de roubles pour le rénover !

— Je savais que tu avais entrepris des travaux. Je ne savais pas que tu avais décidé de dépenser autant d’argent dans un logement qui ne t’appartenait pas.

Arthur devint rouge.

— Tu m’avais dit que je pourrais y vivre !

— Je t’avais autorisé à y habiter temporairement. Je ne t’ai jamais donné la propriété. Et certainement pas le droit d’en disposer comme si elle t’appartenait.

Svetlana resta silencieuse. Elle n’avait aucune envie de participer à cette dispute familiale. Elle avait simplement besoin que les choses soient claires.

Yulia arracha presque le téléphone des mains de son mari.

— Vous ne pouvez pas faire ça ! Nous sommes mariés ! Nous avons rénové cet appartement ! Vous nous mettez dehors comme des étrangers !

Le grand-père soupira.

— Yulia, je ne vous ai jamais promis cet appartement. Et je ne suis pas responsable de vos décisions financières.

Puis il ajouta :

— J’ai vendu le logement parce que ma ferme avait besoin d’argent. Les dettes s’accumulaient et je devais payer les réparations des bâtiments agricoles avant l’hiver. Le père de Svetlana m’a fait une offre sérieuse. Nous avons signé les documents devant notaire. Tout est en règle.

Arthur se laissa tomber sur le canapé.

— Tu aurais pu me prévenir !

— Je t’ai appelé plusieurs fois. Tu ne répondais pas. Et quand je t’ai finalement eu au téléphone, tu m’as dit que tu étais occupé à préparer ton mariage.

Svetlana baissa les yeux un instant. Elle se souvenait parfaitement de cette période. Deux semaines avant la cérémonie qu’elle préparait depuis des mois, elle avait découvert Arthur dans leur chambre avec Yulia. Il n’avait même pas eu le courage de lui annoncer qu’il ne voulait plus se marier. Elle l’avait appris en ouvrant la porte.

Aujourd’hui, elle n’était pas revenue pour se venger. Elle était revenue récupérer ce qui lui appartenait.

— Arthur, dit-elle calmement, je vais te laisser terminer ton appel. Mais je te demande de rassembler vos affaires. Vous ne pouvez pas rester ici sans mon autorisation.

— Tu ne peux pas nous expulser comme ça ! protesta Yulia. Nous avons investi dans cet appartement !

— Je comprends que vous ayez dépensé de l’argent. Mais vous auriez dû vérifier à qui appartenait le logement avant d’engager ces travaux.

— Tu savais tout depuis le début ! Tu as attendu le moment idéal pour nous humilier !

Svetlana sortit son téléphone et photographia une nouvelle fois le salon, la cuisine et les chambres.

— Je documente simplement l’état des lieux. Les factures et les contrats pourront être examinés si nécessaire. Je ne vais pas discuter de vos accusations.

Elle prit ensuite une enveloppe dans son sac.

— Voici les coordonnées de mon avocat. Si vous estimez avoir une créance concernant les travaux, vous pourrez lui transmettre les justificatifs. Je ne vous promets pas de vous rembourser quoi que ce soit, mais je ne refuse pas d’examiner une demande fondée.

Arthur releva brusquement la tête.

— Tu as déjà un avocat ?

— Oui. Mon père m’a conseillé de ne rien faire sans vérifier les documents et de respecter la procédure.

Cette réponse sembla le déstabiliser davantage que toutes les précédentes.

— Tu avais donc tout préparé…

— J’ai appris à ne plus faire confiance aux promesses.

Yulia se mit à pleurer de colère.

— Arthur, dis quelque chose ! Tu ne vas quand même pas la laisser nous jeter dehors !

Arthur se passa les mains sur le visage.

— Je ne savais pas que grand-père allait vendre…

— Tu savais pourtant que l’appartement ne t’appartenait pas, répondit Svetlana.

Il ne trouva rien à dire.

Deux jours plus tard, le grand-père d’Arthur arriva à Moscou pour rencontrer son petit-fils. Il avait accepté de venir après avoir appris que la situation avait dégénéré.

Ils se retrouvèrent dans un petit café, loin de l’appartement.

— Tu m’as mis dans une situation impossible, dit Arthur dès qu’il s’assit.

Le vieil homme posa sa canne contre la table.

— Non, mon garçon. Tu t’es mis dans cette situation tout seul.

— Tu aurais dû me laisser l’appartement !