Gabriel sentit le sol se dérober sous ses pieds.

— Quelle maison ? murmura-t-il.

Élise désigna l’enveloppe qu’il tenait encore.

— Celle de ton père. Camille ne veut pas seulement divorcer. Elle veut utiliser la demande de prêt pour obtenir de l’argent, puis faire croire que tu as organisé toute l’opération.

Le policier qui maintenait Gabriel par le bras lui ordonna de poser les documents. Camille, elle, continuait de sangloter.

— Il m’a menacée pendant des mois ! Il surveillait mes déplacements, fouillait mes affaires et voulait me forcer à signer des papiers !

Gabriel comprit alors le piège. S’il se débattait, elle pourrait présenter son geste comme une preuve de violence. S’il criait, elle pourrait prétendre qu’il était incontrôlable. Il inspira profondément et tendit les mains.

— Je coopérerai. Mais je demande que les documents soient conservés et que mon avocate soit prévenue. Je conteste les accusations portées contre moi.

L’un des policiers nota sa déclaration. L’autre demanda à Camille de préciser les circonstances des violences alléguées.

Elle raconta une histoire détaillée, avec des dates, des disputes et des menaces. Mais lorsqu’on lui demanda pourquoi elle n’avait pas consulté un médecin après les faits les plus graves qu’elle décrivait, elle changea de sujet.

Ce n’était pas une preuve de mensonge à elle seule. Pourtant, les policiers remarquèrent aussi que plusieurs dates de sa déclaration ne correspondaient pas aux déplacements de Gabriel.

Élise demanda à être entendue séparément et expliqua qu’elle possédait des messages et un enregistrement susceptibles d’éclairer les événements. Elle précisa qu’elle avait conservé les fichiers originaux et qu’elle était prête à les remettre aux enquêteurs.

Camille pâlit.

— Elle est obsédée par moi ! lança-t-elle. Elle veut me voler mon mari !

— Je ne veux pas de ton mari, répondit Élise d’une voix tremblante. Je veux arrêter de t’aider à détruire sa vie.

Le silence qui suivit fut plus lourd que les cris.

Gabriel fut conduit au commissariat pour être entendu. Son avocate arriva peu après et demanda que les faits soient examinés à partir des éléments disponibles, sans tirer de conclusion prématurée. Les enquêteurs recueillirent les premières déclarations, puis organisèrent la conservation des pièces financières et numériques.

Pendant ce temps, Maître Lambert contacta la banque et le notaire chargé du bien hérité par Gabriel. Elle signala l’existence d’une demande de prêt contestée et demanda qu’aucune opération ne soit réalisée sur la seule base de documents dont l’authenticité n’était pas établie.

Le bien ne fut pas vendu ce matin-là.

Mais l’enquête révéla bientôt que le piège était plus vaste que Gabriel ne l’imaginait.

Les 27 600 euros n’étaient que le début.

En examinant les relevés, l’avocate identifia plusieurs transferts vers un compte utilisé par une société de conseil immobilier liée à Victor Delmas. Les factures censées justifier ces paiements mentionnaient des travaux que Gabriel ne reconnaissait pas. Certaines adresses correspondaient à des biens sur lesquels Victor avait travaillé.

Les enquêteurs cherchèrent à déterminer qui avait créé ces factures, qui avait autorisé les transferts et où l’argent avait réellement été utilisé.

La demande de prêt de 240 000 euros soulevait une autre question. Elle comportait une signature attribuée à Gabriel, mais celui-ci affirmait ne l’avoir jamais signée. Une expertise devait permettre de comparer cette signature avec des documents authentiques. La banque confirma que le dossier avait été transmis par un intermédiaire recommandé par Victor.

Camille avait également envoyé plusieurs courriels à cet intermédiaire depuis une adresse professionnelle. Elle prétendit qu’elle ne faisait que préparer un projet de rénovation pour un client.

Son explication n’était pas impossible en soi. Cependant, les messages découverts par les enquêteurs montraient qu’elle avait demandé à plusieurs reprises où en était le dossier et si la garantie immobilière avait été validée.

Puis apparut un message de Victor :

« Une fois les fonds débloqués, nous réglons ce qui reste et chacun reprend sa route. »

Cette phrase ne suffisait pas à prouver l’existence d’une entente frauduleuse. Mais elle justifiait que les enquêteurs approfondissent leurs vérifications.

Lorsque Gabriel put enfin rentrer chez lui, son avocate l’accompagna pour récupérer ses affaires essentielles. Il ne chercha pas à discuter avec Camille.

Elle l’attendait pourtant dans le salon.

Sans les policiers, sans les voisins qui observaient depuis le palier, elle avait perdu une partie de son assurance.

— Gabriel, écoute-moi. Victor m’avait promis que personne ne serait blessé.

Il s’immobilisa.

— Blessé comment ?

Camille baissa les yeux.

— Je voulais seulement récupérer ce que je pensais mériter. Tu as toujours contrôlé l’argent. Tu décidais de ce qu’on pouvait acheter, de ce qu’on devait économiser…

— Je t’ai demandé de discuter avant de prendre 27 600 euros. Je ne t’ai jamais empêchée de travailler ni d’avoir ton propre compte.

— Tu ne comprends pas !