Omar resta quelques secondes sans parler. Il regardait Mona, puis les deux enfants blottis contre elle. Yassine avait les chaussures couvertes de poussière et Malak dormait toujours, la joue posée sur l’épaule de sa mère.
— Mona… tu n’as pas besoin de travailler pour avoir le droit de rester ici. Cette maison est assez grande pour vous trois. Ce soir, vous allez manger, vous laver et dormir dans un vrai lit. Nous parlerons du reste demain.
Mona baissa les yeux, honteuse.
— Je ne veux pas profiter de toi, Omar. Je te rembourserai chaque repas, chaque nuit…
— Arrête. Tu n’es pas une dette à régler.
Il demanda à sa gouvernante de préparer deux chambres, fit apporter un repas chaud aux enfants et donna à Mona des vêtements propres. Pour la première fois depuis des semaines, elle put regarder ses enfants dormir sans craindre qu’on les chasse au milieu de la nuit.
Le lendemain matin, Omar la retrouva dans le jardin. Elle tenait une tasse de café entre ses mains, mais n’en avait presque pas bu.
— Hier, tu m’as parlé de ton mariage, de Hossam et de cette maison qu’il aurait mise au nom de sa mère. Mais j’aimerais te poser une question. Tes parents t’avaient-ils laissé un appartement ?
Mona fronça les sourcils.
— Oui. Un petit appartement dans le quartier d’Al-Maadi. Ils me l’ont légué avant leur décès. Pourquoi ?
Omar se redressa.
— Est-ce que tu l’as vendu ?
— Non. Hossam m’avait dit qu’il s’occupait de tout. Il disait que l’appartement était trop vieux et qu’il fallait le louer pour financer ses affaires. Il m’a fait signer quelques papiers il y a plusieurs années. Depuis, je ne sais même plus ce qu’il est devenu.
Omar posa lentement sa tasse.
— Tu te souviens du nom du notaire ?
Mona réfléchit, puis lui donna le nom inscrit sur un ancien courrier qu’elle avait conservé dans son sac. Omar demanda à son assistante de retrouver les informations publiques concernant le bien et de contacter un avocat indépendant.
Deux jours plus tard, les premières vérifications apportèrent une nouvelle inattendue : l’appartement était toujours enregistré au nom de Mona. Aucun acte de vente n’avait été publié. En revanche, une procuration ancienne avait été utilisée pour signer des contrats de location et percevoir les loyers.
— Cela signifie que l’appartement est toujours à moi ? demanda-t-elle, incrédule.
— D’après les documents consultés, oui. Mais il faut examiner précisément la procuration et les sommes perçues. Nous ne tirerons aucune conclusion avant que ton avocat ait vérifié chaque pièce.
Mona sentit ses yeux se remplir de larmes.
Pendant toutes ces années, elle avait cru n’avoir plus rien. Hossam lui avait répété qu’elle n’avait aucun droit, qu’elle ne possédait rien et qu’elle devait le remercier de l’avoir entretenue.
Omar ne voulait pas qu’elle se contente de ses paroles. Il lui recommanda une avocate spécialisée en droit de la famille et en propriété immobilière. Celle-ci récupéra les documents nécessaires et découvrit que la procuration autorisait la gestion locative, mais pas la vente du bien ni son transfert à une société.
Plus troublant encore, les loyers avaient été versés sur un compte lié à une entreprise de Hossam.
Mona comprit alors que son mari ne s’était pas contenté de la quitter. Il avait organisé sa dépendance financière pendant des années, tout en lui faisant croire que ses biens et ses économies avaient disparu.
L’avocate engagea les démarches pour révoquer la procuration, récupérer les informations locatives et demander la restitution des sommes qui auraient été détournées. Elle examina aussi les droits de Mona concernant les biens du mariage. Le fait que certaines propriétés soient au nom de la mère de Hossam ou de sa société ne suffisait pas, à lui seul, à déterminer ce qui lui revenait : tout dépendait des actes, des dates et des règles applicables.
Pendant ce temps, Hossam apprit que Mona avait retrouvé Omar.
Il l’appela un soir.
— Tu as vraiment décidé de me faire honte ? Tu vas raconter nos affaires à tout le monde ?
Mona serra le téléphone, mais sa voix ne trembla pas.
— Ce ne sont pas seulement nos affaires. Tu m’as mise dehors avec deux enfants et tu m’as dit que je n’avais droit à rien. Je vais désormais demander à la justice de vérifier ce qui m’appartient.
— Tu n’as aucune chance. Tout est protégé.
— Alors tu n’as aucune raison d’avoir peur des vérifications.
Elle raccrocha.
Les semaines suivantes furent éprouvantes, mais Mona ne se retrouva plus seule face à ses difficultés. Omar l’aida à trouver une solution durable pour le logement, sans lui imposer de conditions. L’appartement de ses parents fut finalement remis en état et reloué directement à son nom. Les premiers revenus lui permirent de reprendre pied.