Diego me regarda comme si je venais de lui parler dans une langue étrangère.

— Comment ça, demander à ma mère ? Tu es ma femme, Camila !

Je reposai tranquillement mon verre d’eau.

— Exactement. Je suis ta femme, pas ta mère, ni ta cuisinière, ni ton banquier personnel.

Il ricana, persuadé que je finirais par céder comme toujours.

— Tu dramatises pour quelques factures. Tu gagnes suffisamment pour nous deux.

— Et toi, tu gagnes suffisamment pour participer à notre vie commune. Pourtant, tu préfères donner ta carte bancaire à ta mère et me présenter toutes les dépenses comme une obligation.

Son sourire disparut.

— C’est temporaire. Maman sait gérer l’argent.

— Alors qu’elle gère aussi tes dépenses.

Je me levai et débarrassai uniquement mon assiette. Pour la première fois depuis notre mariage, je ne ramassai pas ses vêtements abandonnés sur le canapé, ne vérifiai pas son réfrigérateur et ne préparai pas le repas du lendemain.

Le lendemain matin, Diego partit travailler en claquant la porte.

À midi, Teresa m’appela.

— Camila, Diego m’a dit que vous aviez un petit désaccord. Je suppose que tu vas rapidement retrouver la raison.

Je pris une inspiration.

— Teresa, votre fils m’a annoncé qu’il ne participerait plus aux dépenses du ménage. Il m’a également expliqué que vous géreriez son argent.

— C’est une organisation familiale parfaitement normale.

— Dans ce cas, j’imagine que vous êtes prête à régler sa moitié des factures.

Un silence suivit.

— Je ne peux pas payer toutes vos dépenses ! protesta-t-elle.

— Je ne vous le demande pas. Je demande à votre fils de prendre ses responsabilités.

Elle raccrocha sans me dire au revoir.

Je savais désormais que le problème ne venait pas d’un simple malentendu. Diego avait organisé sa vie de manière à conserver son salaire, confier son argent à sa mère et utiliser le mien pour financer notre quotidien. Il voulait les avantages du mariage sans les responsabilités qui l’accompagnaient.

Mais il y avait un autre problème, bien plus grave : notre appartement.

Les 2,8 millions de pesos que j’avais versés représentaient presque toutes mes économies accumulées pendant huit années de travail. J’avais accepté de participer à cet achat parce que Diego m’avait promis que nous construirions ensemble notre avenir.

Or, le contrat préliminaire était au nom de Teresa.

Je sortis donc tous les documents que j’avais conservés : les virements bancaires, les reçus du promoteur, les échanges avec Diego et les copies du contrat. Je pris rendez-vous avec une avocate spécialisée en droit immobilier et en droit matrimonial à Nuevo León.

Sa première question me glaça.

— Avez-vous un document signé par Teresa reconnaissant que les 2,8 millions de pesos provenaient de vos économies et qu’ils étaient destinés à l’achat de ce logement ?

Je lui montrai les justificatifs de virement et les messages dans lesquels Diego confirmait notre accord.

Elle les examina attentivement.

— Ces éléments sont importants, mais ils ne garantissent pas à eux seuls que vous récupérerez toute la somme. Nous devons vérifier le contrat, le statut juridique du bien, les conditions du prêt et les droits de chacun. Surtout, ne signez rien d’autre avant que nous ayons clarifié la situation.

En sortant de son cabinet, je ressentis pour la première fois un véritable soulagement. Je ne savais pas encore comment cette affaire se terminerait, mais je cessais de compter sur la bonne volonté de personnes qui avaient déjà démontré que mes intérêts passaient après les leurs.

Le soir même, Diego rentra avec un sac de tacos.

— Tu vois ? dit-il en le posant sur la table. Quand tu arrêtes de compliquer les choses, tout fonctionne.

Je le regardai.

— Tu as payé avec ton argent ?

— Bien sûr.

— Alors tu sais parfaitement participer aux dépenses quand tu en as envie.

Son expression se durcit.

— Tu comptes me faire la morale tous les jours ?

— Non. Je compte simplement ne plus financer seule notre vie commune.

Je lui expliquai que j’avais consulté une avocate et que je souhaitais examiner les documents relatifs à l’appartement.

Il resta silencieux quelques secondes, puis éclata de rire.

— Tu as consulté une avocate contre ton propre mari ? Camila, nous sommes mariés depuis deux jours !

— Justement. Je préfère comprendre mes droits maintenant plutôt que découvrir dans cinq ans que j’ai financé un logement qui ne m’appartient pas.

Il se leva brusquement.

— Ma mère n’essaierait jamais de te voler !

— Je ne l’ai pas accusée de vol. Je demande que les documents correspondent à la réalité de notre accord.

Diego attrapa son téléphone et appela Teresa devant moi.

— Maman, Camila veut faire vérifier le contrat de l’appartement.

Je n’entendis pas toute la réponse, mais je vis son visage changer.