J’ai souri malgré mes larmes.
— Je pourrais te raconter des histoires pendant des heures.
Il a réfléchi, puis a ajouté :
— Et après-demain aussi ?
— Après-demain aussi. Et les jours suivants, si tu veux.
Il s’est glissé sous sa couverture en gardant la photographie près de lui.
Les jours suivants, nous avons pris contact avec l’assistante sociale et le service chargé de son dossier. Nous voulions nous assurer que Léo puisse connaître son histoire sans être submergé par des informations qu’il n’était pas encore prêt à entendre. Nous avons aussi demandé que la boîte et les documents soient conservés avec soin.
Peu à peu, notre maison est devenue moins étrangère pour lui. Il a choisi une veilleuse pour sa chambre, collé quelques dessins sur son armoire et commencé à laisser son ours sur le canapé plutôt que de le garder constamment contre lui.
Un soir, il est arrivé dans la cuisine avec un dessin. On y voyait trois personnages devant une maison, et un petit ours posé à la fenêtre.
— C’est nous, a-t-il expliqué. Et Moka.
J’ai accroché le dessin sur le réfrigérateur.
Huit années de sa vie tenaient peut-être dans un sac-poubelle noir, mais son histoire ne s’arrêtait pas là. Il avait une maman qui l’avait aimé, une famille qui avait enfin retrouvé sa trace et un foyer où il n’aurait plus à se demander combien de temps il pourrait rester.
Ce soir-là, en remontant vérifier qu’il dormait bien, j’ai aperçu la boîte métallique sur sa table de nuit.
À côté, il avait posé un petit papier sur lequel il avait écrit, avec son écriture encore hésitante :
« Maman Marianne, je suis bien arrivé. »