« Je vais tout faire pour la retrouver. Et je ne vous abandonnerai pas. »
Il appela immédiatement son avocat, puis un détective privé avec lequel il travaillait depuis des années. Il demanda de retrouver Isabel et de vérifier chaque détail de la lettre. Il ne voulait pas croire à une histoire aussi bouleversante sans en connaître toute la vérité.
Le lendemain matin, le détective le rappela.
Isabel avait été admise dans un centre médical à plusieurs kilomètres de là. Elle souffrait d’une maladie grave et avait été retrouvée inconsciente deux jours auparavant. Elle avait demandé à plusieurs reprises des nouvelles de ses enfants.
Marcelo se rendit immédiatement à son chevet.
Lorsqu’il entra dans la chambre, Isabel ouvrit lentement les yeux.
« Marcelo… »
Il s’approcha du lit, incapable de prononcer un mot.
« Les enfants ? » demanda-t-elle d’une voix faible.
« Sofia est avec Mateo. Le bébé va mieux. Ils sont en sécurité. »
Des larmes coulèrent sur les joues d’Isabel.
« Tu les as trouvés… »
« Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Pourquoi m’avoir laissé croire que je ne pourrais jamais être père ? »
Elle détourna les yeux.
« J’avais peur. Et j’ai eu tort. Je voulais les protéger, mais j’ai fini par les mettre en danger. »
Marcelo prit sa main.
« Je ne suis pas venu pour te juger. Je suis venu parce que nos enfants ont besoin de nous. »
Pendant plusieurs jours, il resta à l’hôpital. Sofia venait chaque après-midi avec Tiago pour rendre visite à sa mère. Elle ne quittait jamais Mateo des yeux, même lorsque les infirmières lui assuraient qu’il allait mieux.
Peu à peu, elle commença à faire confiance à Marcelo.
Un soir, alors qu’il lui lisait une histoire, elle posa une question qui le bouleversa.
« Est-ce que je peux t’appeler papa ? »
Marcelo referma doucement le livre.
Il avait signé des contrats de plusieurs milliards sans trembler. Il avait affronté des concurrents redoutables et traversé des crises qui avaient failli détruire son entreprise.
Mais devant cette petite fille, il ne trouva pas immédiatement ses mots.
« Seulement si tu en as envie », répondit-il enfin.
Sofia se rapprocha et posa sa tête contre son bras.
« Alors… papa, tu peux continuer l’histoire ? »
Il sourit à travers ses larmes.
Quelques semaines plus tard, malgré les traitements, Isabel s’éteignit paisiblement. Marcelo lui avait tenu la main jusqu’au bout. Avant de fermer les yeux, elle lui avait demandé de ne jamais laisser les enfants croire qu’ils étaient responsables de son départ.
Il tint cette promesse.
Les démarches judiciaires furent longues. Marcelo obtint la garde de Sofia et de Mateo après les vérifications nécessaires. Il fit également retrouver l’homme qui avait exploité la détresse d’Isabel et abandonné les enfants. Celui-ci fut poursuivi pour ses actes.
La grande villa de Marcelo changea peu à peu.
Le bureau où il passait autrefois toutes ses soirées devint une salle de jeux. Le berceau inutilisé fut remplacé par deux petits lits. Des dessins apparurent sur le réfrigérateur, des jouets envahirent le salon et, pour la première fois depuis des années, quelqu’un courait dans les couloirs en riant.
Un matin, Marcelo entra dans la cuisine et trouva Sofia en train de donner maladroitement son petit-déjeuner à Mateo.
« Attention, papa ! Il en met partout ! »
Marcelo éclata de rire.
Il s’approcha, prit une serviette et embrassa le sommet de la tête de sa fille.
Il avait longtemps cru que sa plus grande tragédie était de ne jamais avoir d’enfants.
Mais il avait compris que la vie ne lui avait pas simplement refusé une famille. Elle lui avait laissé une chance de la rencontrer, au moment où deux petits êtres avaient le plus besoin de lui.
Et Sofia, qui avait autrefois défendu son frère contre le monde entier, pouvait enfin redevenir une enfant.
Elle n’avait plus besoin d’être forte à chaque instant.
Parce que, désormais, quelqu’un était là pour la protéger.