Elle avait vu la canne, la démarche douloureuse d’André et surtout la façon dont il essayait de sourire pour ne pas inquiéter sa fille.
« Un instant, monsieur. »
André s’arrêta péniblement et se retourna.
Galina s’avança vers lui, puis regarda l’agent d’embarquement.
« Pourquoi ces passagers quittent-ils leurs sièges ? »
L’homme soupira, visiblement agacé.
« Nous avons une demande prioritaire. Monsieur Volkov doit voyager en première classe. Ces deux places sont nécessaires pour le réinstaller. »
Galina prit les cartes d’embarquement des mains de l’agent. Elle les examina attentivement, puis consulta sa tablette.
Son expression changea.
« Ces sièges ont été réservés et payés par monsieur Chevtchouk. Ils n’ont pas été attribués par erreur. »
« Je suis au courant, répondit l’agent. Mais monsieur Volkov est un client très important. Il voyage régulièrement avec notre compagnie. »
Galina tourna lentement la tête vers l’homme en costume bleu marine.
« Monsieur, avez-vous demandé à prendre les places de cette famille ? »
Volkov haussa les épaules.
« J’ai simplement expliqué que je souhaitais voyager à l’avant. Je ne vois pas pourquoi cela devient un problème. Je suis un client fidèle. »
« Et moi, je suis un passager qui a payé son billet », répondit André d’une voix fatiguée.
Il ne cherchait pas à provoquer une dispute. Il voulait seulement que sa fille cesse de croire qu’elle avait fait quelque chose de mal.
Galina regarda Maria. La petite fille avait les yeux brillants de larmes.
« Ma chérie, pourquoi pleures-tu ? »
Maria hésita avant de répondre :
« Parce que papa a mal quand il marche longtemps. Et parce que maman voulait qu’on fasse ce voyage ensemble. Mais maintenant, on va devoir partir derrière les autres. »
Galina sentit sa gorge se serrer.
Elle se tourna vers André.
« Monsieur, vous pouvez retourner à votre siège. Vous n’avez aucune raison de le quitter. »
L’agent intervint aussitôt :
« Galina, je vous rappelle que cette demande vient de la direction commerciale. Vous ne pouvez pas prendre cette décision seule. »
Elle resta parfaitement calme.
« Je ne prends pas une décision commerciale. Je fais respecter une réservation confirmée. »
Puis elle ajouta, d’une voix suffisamment forte pour être entendue :
« Personne ne sera déplacé de son siège sans son consentement simplement parce qu’un autre passager se considère plus important. »
Un silence lourd envahit la cabine.
Volkov se leva brusquement.
« Vous savez qui je suis ? »
Galina le regarda sans ciller.
« Oui, monsieur. Vous êtes un passager qui n’a pas de réservation pour ces deux sièges. »
Quelques personnes retinrent un sourire.
L’homme rougit de colère et menaça de déposer une plainte auprès de la direction. Mais Galina ne céda pas. Elle demanda à l’agent de vérifier une nouvelle fois les réservations et de contacter son supérieur.
Quelques minutes plus tard, la confirmation arriva : André et Maria étaient bien à leur place légitime. La demande de réattribution n’avait jamais été approuvée.
L’agent d’embarquement baissa les yeux.
« Monsieur Chevtchouk… je vous présente mes excuses. »
André ne répondit pas immédiatement. Il regarda sa fille, qui attendait toujours de savoir si elle pouvait revenir près du hublot.
« Nous pouvons retourner à nos sièges ? » demanda-t-il simplement.
« Bien sûr, monsieur », répondit Galina.
Elle accompagna personnellement André jusqu’à son fauteuil et aida Maria à remettre sa couverture sur ses genoux.
Avant de repartir, elle s’accroupit près de la petite fille.
« Tu sais, Maria, tu n’as rien fait de mal. Et ton papa non plus. Ces places sont les vôtres. »
Maria esquissa enfin un petit sourire.
« Merci, madame. »
L’avion commença l’embarquement final. André s’installa avec précaution, puis posa son petit bagage à main sous le siège devant lui. Il vérifia plusieurs fois qu’il était bien fermé.
Galina remarqua son geste.
« Est-ce que tout va bien dans votre sac, monsieur ? »
André baissa les yeux.
« Oui. Il contient les cendres de ma femme. Elle aurait dû être assise avec nous aujourd’hui. »
Galina resta silencieuse.
Il poursuivit :
« Elle adorait la mer. Avant de mourir, elle m’a demandé d’emmener notre fille la voir. Elle voulait que je disperse une partie de ses cendres près de l’eau, là où nous nous étions rencontrés. »
Maria posa doucement sa main sur celle de son père.
« Maman va enfin voir la mer, papa. »
André détourna le visage pour cacher ses larmes.
Galina sentit ses propres yeux s’humidifier. Elle se redressa et leur promit de vérifier les règles de transport afin que tout se déroule correctement à leur arrivée.
Puis elle se pencha vers Maria.
« Je vais demander à l’équipage de vous apporter quelque chose de spécial pendant le vol. »