Thomas resta silencieux quelques secondes au téléphone avant de répondre.

— Claire, je pensais qu’Élodie t’avait déjà raconté la vérité. Léo n’est pas le fils de Julien. C’est mon fils.

Claire serra le téléphone.

— Alors pourquoi l’appelle-t-il « papa » ?

Thomas eut un rire amer.

— Parce qu’Élodie lui apprend à le faire depuis des mois. Elle m’a quitté il y a presque un an, en disant qu’elle voulait recommencer sa vie ailleurs. Mais elle n’a jamais cessé de chercher quelqu’un pour financer son train de vie. Julien était sa meilleure option.

Il marqua une pause, puis ajouta :

— Et il y a autre chose. Avant de revenir à Paris, elle m’a demandé de signer un document affirmant que Julien était le père biologique de Léo. J’ai refusé. Elle voulait utiliser cette histoire pour obtenir de lui un appartement et une pension.

Claire sentit son estomac se nouer.

— Vous avez des preuves ?

— Ses messages. Ses demandes d’argent. Tout.

Le lendemain matin, Claire retrouva Julien dans la cuisine. Élodie était assise à côté de lui, donnant son petit-déjeuner à Léo, comme si elle avait toujours vécu là.

Claire posa un dossier sur la table.

— Quarante-huit mille six cents euros. Sept mois de virements. Tu veux m’expliquer ?

Julien pâlit en parcourant les relevés.

— Je l’aidais. Elle était dans une situation difficile.

— Tu lui as payé un loyer, des frais médicaux, des dépenses scolaires et même des vêtements. Avec notre argent. Sans jamais m’en parler.

Élodie se leva brusquement.

— Julien, tu n’as pas à te justifier devant elle !

Claire tourna lentement la tête vers elle.

— Tu as raison. Il n’a pas à se justifier devant moi. Il devra se justifier devant son avocat, puis devant le juge si nécessaire.

Le visage d’Élodie se décomposa.

Julien referma le dossier.

— Claire, nous pouvons régler ça entre nous.

— Entre nous ? Tu as installé ton ancienne compagne dans notre lit, tu m’as humiliée devant ta famille et tu as utilisé notre argent pour entretenir une femme qui publiait des messages laissant croire que tu étais son compagnon. Qu’est-ce que tu appelles encore « nous » ?

Il baissa les yeux.

Pour la première fois depuis son retour, Élodie ne trouva rien à dire.

Claire sortit ensuite une seconde enveloppe. Elle contenait les copies des messages transmis par Thomas.

Dans l’un d’eux, Élodie écrivait :

« Une fois que Léo l’appellera papa devant sa famille, Julien ne pourra plus reculer. Il est trop attaché à son image pour nous abandonner. »

Un autre message disait :

« Claire finira par partir si je lui fais comprendre que Julien et moi avons encore quelque chose à vivre. »

Julien lut les phrases deux fois. Ses mains se mirent à trembler.

— Élodie… dis-moi que ce n’est pas vrai.

Elle se mit à pleurer.

— Je voulais simplement offrir une vie meilleure à mon fils !

— En me faisant croire que j’étais son père ?

— Tu l’aimais bien ! Tu t’occupais de lui !

— Ce n’est pas ce que je te demande !

Léo, effrayé par les voix qui montaient, se mit à pleurer. Élodie le prit dans ses bras et lança un regard accusateur à Claire.

— Tu vois ce que tu provoques ?

Claire s’approcha de l’enfant et parla doucement.

— Léo n’a rien fait de mal. Il mérite des adultes qui ne se servent pas de lui pour obtenir ce qu’ils veulent.

Puis elle regarda Julien.

— Tu peux continuer à l’aider si tu le souhaites, mais ce sera avec ton propre argent, en toute transparence et sans mensonges. Quant à notre mariage, il est terminé pour moi.

Julien se leva d’un bond.

— Tu ne peux pas jeter trois ans de mariage à cause d’une erreur !

Claire le fixa longuement.

— Ce n’est pas une erreur, Julien. Une erreur, c’est oublier un anniversaire. Toi, tu as fait des choix pendant sept mois. Et chaque fois que tu avais l’occasion de me dire la vérité, tu as choisi de me mentir.

Elle prit sa valise, qu’elle avait préparée la veille, puis quitta l’appartement.

Les semaines suivantes furent difficiles. Claire engagea une procédure de divorce et fit examiner les mouvements financiers par son avocat afin de déterminer les recours possibles concernant l’argent commun. Julien dut répondre de ses propres décisions, tandis qu’Élodie, confrontée aux preuves, quitta finalement Paris avec Léo.

Il tenta plusieurs fois de joindre Claire. Il lui envoya des fleurs, des lettres et même une longue déclaration dans laquelle il jurait n’avoir jamais cessé de l’aimer.

Elle ne répondit pas.

Trois mois plus tard, Madeleine l’invita à prendre le thé dans sa maison de Saint-Cloud. En la voyant, la vieille dame lui prit la main.