— J’ai surtout honte de ne pas être intervenue plus tôt. J’ai filmé parce que j’avais peur de ne pas être crue.
— Vous avez témoigné. C’est déjà important, répondit Aïcha. Mais la prochaine fois, si vous pouvez intervenir sans vous mettre en danger, faites-le aussi. Une vidéo peut révéler la vérité ; une personne qui refuse de laisser quelqu’un seul face à l’humiliation peut empêcher qu’elle continue.
Ce samedi-là, Aïcha n’était pas entrée chez Maison Varenne pour provoquer un scandale. Elle voulait simplement déjeuner avant de rentrer chez elle.
Elle en était ressortie avec des vêtements tachés, une affaire à suivre et des dizaines de témoignages qui attendaient enfin d’être entendus.
Elle n’avait pas obtenu que tout soit réparé en quelques heures. Elle avait obtenu quelque chose de plus difficile : que personne ne puisse désormais prétendre n’avoir rien vu.
La morale de cette histoire : l’humiliation devient encore plus dangereuse lorsqu’une hiérarchie la tolère, la banalise ou punit ceux qui la dénoncent. Le responsable d’un acte doit répondre de ses propres décisions, mais ceux qui organisent la dissimulation doivent également rendre des comptes, si leur responsabilité est établie.
Et vous, pensez-vous que le directeur régional devrait être tenu pour responsable s’il savait ce qui se passait et a choisi de protéger son établissement plutôt que les personnes humiliées ?