Marta ne se précipita pas.

Elle posa d’abord son sac près du panneau de maintenance, enfila ses gants et demanda à Sergio le compte rendu des huit inspections précédentes.

— Tu as vingt minutes, pas une journée entière, lança-t-il.

— Alors donnez-moi les informations au lieu de me faire perdre du temps.

Un silence surpris suivit sa réponse.

Alejandro s’approcha.

— Faites ce qu’elle demande.

Sergio lui tendit finalement la tablette contenant les rapports. Marta les parcourut rapidement. Les huit techniciens avaient contrôlé le capteur de pression d’entrée du moteur droit. Ils avaient vérifié son alimentation électrique, inspecté les connecteurs et mesuré sa résistance.

Tout semblait normal.

Mais une ligne attira son attention : test fonctionnel effectué à l’arrêt.

Elle leva les yeux.

— Vous avez testé le signal pendant une montée progressive en régime ?

— Le moteur ne tient même pas assez longtemps pour ça, répondit Sergio.

— Justement. Il faudrait enregistrer les données dès le démarrage, pas seulement vérifier que le capteur fonctionne lorsqu’il ne subit aucune contrainte.

Sergio croisa les bras.

— Tu crois donc que huit professionnels n’y ont pas pensé ?

— Je crois que leurs rapports ne montrent pas ce test.

Marta ne cherchait pas à provoquer une dispute. Elle voulait comprendre pourquoi les données enregistrées par le système de contrôle ne correspondaient pas au comportement réel du moteur.

Elle demanda à consulter les historiques de panne et les paramètres autorisés par le constructeur. Puis elle remarqua une variation anormale dans les mesures du capteur, juste avant l’arrêt automatique.

— Regardez cette valeur, dit-elle en montrant l’écran. Elle reste stable à froid, puis devient incohérente dès que le système commence à monter en charge.

— Ça peut être un défaut du câblage, répliqua Sergio.

— Oui. Ou un problème interne au capteur. Il faut distinguer les deux.

Alejandro regarda l’horloge.

— Tu peux le vérifier ?

Marta hésita.

— Je peux participer au diagnostic, mais je ne toucherai pas au moteur sans l’autorisation du responsable technique et sans suivre la procédure du constructeur. Il faut aussi qu’un technicien habilité supervise les essais.

Cette réponse surprit davantage Alejandro que son assurance initiale.

Elle ne voulait pas jouer les héroïnes. Elle voulait simplement faire les choses correctement.

Sergio soupira, puis appela le directeur de maintenance. Après avoir examiné les rapports, celui-ci autorisa une vérification complémentaire encadrée, avec les instruments adaptés et les mesures de sécurité nécessaires.

Les minutes suivantes parurent interminables.

Marta resta devant l’écran de diagnostic pendant que deux techniciens habilités préparaient l’essai. Le moteur fut lancé selon la procédure prévue. Les données commencèrent à défiler.

À froid, tout semblait normal.

Puis, au moment où les paramètres augmentèrent, le signal du capteur se mit à fluctuer.

— Là ! dit Marta.

Le directeur de maintenance se pencha sur l’écran.

— Arrêtez l’essai.

Le moteur fut coupé immédiatement.

Les techniciens examinèrent ensuite le composant conformément aux instructions du fabricant. Le contrôle approfondi révéla un défaut intermittent dans le capteur : son signal devenait instable sous certaines conditions thermiques et vibratoires.

Il n’était pas simplement mal branché. Il présentait une défaillance que les contrôles statiques n’avaient pas permis de détecter.

Sergio resta silencieux.

— Ce n’est pas encore suffisant pour autoriser le vol, précisa le directeur. Il faut remplacer la pièce par une référence approuvée, effectuer les contrôles après intervention et obtenir la validation complète de navigabilité.

Alejandro passa une main sur son visage.

— Combien de temps ?

— Nous allons contacter le constructeur et vérifier si une pièce certifiée est disponible dans un centre agréé à proximité. Je ne peux rien promettre avant d’avoir sa réponse.

Pour la première fois depuis treize heures, Alejandro avait une piste concrète.

Il se tourna vers Marta.

— Comment as-tu remarqué ça ?

Elle haussa les épaules.

— Le bruit changeait toujours au même moment. Mon père m’a appris à écouter les machines avant de regarder les chiffres. Ensuite, j’ai comparé ce que j’entendais avec les données des rapports.

— Ton père était mécanicien ?

— Pendant presque trente ans. Dans un aéroclub près de Grenade.

— Et toi, tu as étudié l’aéromécanique ?

Marta baissa les yeux.

— J’ai commencé une formation supérieure. Je n’ai pas pu la terminer.

— Pourquoi ?

Elle hésita avant de répondre.

— Mon père est tombé malade. Il fallait payer les soins et les factures. J’ai pris le premier travail que j’ai trouvé.

Alejandro regarda sa tenue de travail, puis le balai posé contre une caisse.

Il comprit soudain qu’il avait passé des heures à chercher une solution sans jamais demander qui, dans ce hangar, connaissait réellement les machines.

Le directeur de maintenance confirma finalement qu’un composant de remplacement approuvé pouvait être acheminé depuis un centre de maintenance de Madrid. Il faudrait encore plusieurs heures pour le recevoir, l’installer et réaliser les contrôles requis.