— Nous avons trouvé une solution pour les difficultés financières de Thomas, a-t-elle poursuivi. Une fois mariés, vous pourrez organiser votre patrimoine plus intelligemment. Ce sera bénéfique pour tout le monde.
J’ai posé ma cuillère.
— Quelle solution ?
— La maison, évidemment, a répondu Véronique. Avec une propriété de cette valeur, vous pourriez enfin repartir sur de bonnes bases.
Je me suis tournée vers Thomas.
— Tu leur as donc expliqué que tu avais des dettes ?
Son visage s’est vidé de ses couleurs.
— Camille, je voulais t’en parler…
— Quand ? Après le mariage ? Après la donation ? Ou après avoir obtenu ce dont tu avais besoin ?
Julie s’est agitée sur sa chaise.
— Tu dramatises. Tous les couples ont des problèmes d’argent.
Je l’ai regardée.
— Tous les couples n’organisent pas leur avenir dans le dos de l’un des deux.
Véronique a frappé la table du plat de la main.
— Tu ne vas pas sacrifier quatre années de relation pour une histoire de paperasse !
J’ai souri tristement.
— Ce n’est pas la paperasse qui me pose problème. C’est le fait que vous ayez tous décidé de mon avenir sans me demander mon avis.
Thomas s’est levé.
— Tu ne peux pas me faire ça maintenant !
— Te faire quoi ? Refuser de donner ma maison ?
Il n’a pas répondu.
Alors j’ai sorti mon téléphone et posé sur la table la photographie du message de sa mère.
« Ne tarde pas à lui faire signer la donation après le mariage. »
Le silence a été immédiat.
Puis j’ai affiché la seconde notification.
« Ne lui parle pas de tes dettes avant que tout soit réglé. »
Julie a pâli.
Véronique a essayé de reprendre le téléphone, mais je l’ai retiré.
— Je ne signerai rien. Et le mariage est annulé.
Thomas m’a regardée comme si je venais de le frapper.
— Tu vas vraiment me quitter ?
— Tu m’as trompée avec ma meilleure amie. Tu m’as caché tes dettes. Tu as fait estimer ma maison sans m’en parler. Et tu me demandes encore si je vais te quitter ?
Je me suis levée.
— Oui, Thomas. Je vais partir.
Cette fois, je n’ai pas attendu qu’il trouve les bons mots.
Trois semaines plus tard
J’avais annulé le mariage, changé les serrures et récupéré tous mes documents importants.
Julie avait tenté de me joindre à plusieurs reprises. Thomas m’avait envoyé des messages allant des excuses aux reproches. Je n’avais répondu à aucun.
J’avais également découvert que les difficultés financières de Thomas étaient plus importantes qu’il ne me l’avait laissé entendre. Je ne pouvais pas savoir exactement ce qu’il aurait fait de la maison, mais je n’avais plus besoin d’attendre pour comprendre que cette relation était devenue dangereuse pour moi.
Un soir, ma mère m’a appelée.
— Tu as bien fait, ma chérie. Ta grand-mère aurait voulu que tu sois heureuse, pas que tu te sentes obligée de sauver quelqu’un qui te ment.
J’ai pleuré longtemps après cet appel.
Puis, quelques jours plus tard, j’ai pris une décision que personne dans mon entourage n’avait anticipée.
J’ai réservé une croisière en Méditerranée.
Ce n’était pas un voyage de revanche. J’avais besoin de m’éloigner de Nantes, de respirer et de me rappeler que ma vie ne se résumait pas à ce que Thomas m’avait fait subir.
J’ai choisi une cabine avec balcon, acheté quelques livres et prévu de passer mes journées à lire, à découvrir les escales et à dormir autant que je le souhaitais.
Pour la première fois depuis des années, je n’avais de comptes à rendre à personne.
Du moins, c’est ce que je croyais.
La rencontre sur le paquebot
Le jour de l’embarquement, j’ai rejoint le bureau des passagers pour récupérer ma carte d’accès.
L’employée a consulté mon dossier, puis m’a tendu un badge.
— Bienvenue à bord, madame Moreau. Votre équipe vous attendra à la réunion d’accueil de seize heures.
J’ai glissé le badge autour de mon cou et je me suis dirigée vers les ascenseurs.
C’est alors que j’ai entendu une voix derrière moi.
— Camille ?
Je me suis retournée.
Julie se tenait à quelques mètres, vêtue d’une robe blanche, un grand chapeau posé sur ses cheveux. Thomas était à ses côtés.
Ils avaient l’air aussi surpris que si un fantôme venait de traverser le hall.
Julie a retrouvé son sourire en quelques secondes.
— Oh mon Dieu ! Tu es venue en croisière, toi aussi ? C’est incroyable !
Je n’ai pas répondu.
Elle a jeté un coup d’œil à mon badge, probablement pour vérifier mon nom.
Puis elle l’a lu une seconde fois.
Son sourire a disparu.
Thomas s’est penché vers elle.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Elle lui a montré le badge du doigt.