J’avais compris que Daniel ne préparait pas seulement une séparation. Il préparait une prise de possession.

Alors, pendant les trois mois qui avaient suivi, je n’avais rien laissé paraître. J’avais continué à travailler, à dîner avec lui et à écouter Margaret commenter ma façon de tenir la maison. Mais, en silence, j’avais consulté mes propres dossiers, relu chaque document et pris conseil auprès d’une consœur spécialisée en droit de la famille.

La maison, contrairement à ce que Margaret racontait à tout le monde, n’était pas un bien que Daniel pouvait emporter sous le bras.

Elle avait été achetée avant notre mariage, grâce à un apport provenant de la vente de mon ancien appartement. L’acte de propriété était à mon nom. Daniel avait participé à certaines dépenses courantes et à des travaux, mais cela ne lui donnait pas le droit de décider seul de son sort.

Quant aux meubles, aux appareils et aux objets qu’il faisait charger, leur origine était parfaitement documentée.

J’avais les factures. Les relevés bancaires. Les preuves des cadeaux. Et même les échanges dans lesquels Daniel reconnaissait que certains biens m’appartenaient.

Je savais donc exactement ce qu’il faisait.

Et je savais aussi ce que j’allais faire.

« Tu pourrais au moins avoir la décence de nous aider », lança Margaret en me voyant rester immobile.

Je reposai ma tasse.

« Nous ? »

Elle eut un petit rire méprisant.

« Daniel a travaillé dur pour cette maison. Il a bien le droit de récupérer ce qu’il a payé. »

« Ce qu’il a payé lui appartient peut-être. Ce qui m’appartient reste à moi. »

Daniel passa la tête depuis le salon.

« Ne commence pas, Emma. On a déjà assez perdu de temps. »

Je le regardai calmement.

« Je ne t’empêche pas de récupérer tes affaires. Mais je te demande de ne pas emporter les miennes. »

Il soupira comme si j’étais une enfant capricieuse.

« Tu vas vraiment faire une scène pour une télévision et quelques meubles ? »

« Non. Je vais simplement faire respecter mes droits. »

Margaret éclata de rire.

« Tu crois qu’avec tes petits contrats tu vas impressionner quelqu’un ? Daniel a les moyens de se payer de vrais avocats. »

Je ne répondis pas. Je sortis mon téléphone et envoyai un message à mon avocate.

Quelques minutes plus tard, l’un des déménageurs revint vers Daniel.

« Monsieur, il y a un problème. Votre épouse nous a remis une liste des biens contestés. Nous ne pouvons pas continuer à charger les objets dont la propriété n’est pas établie sans clarification. »

Daniel se retourna brusquement.

« Elle n’a pas à vous donner d’ordres ! »

« Nous avons simplement besoin que vous confirmiez par écrit que vous êtes autorisé à emporter chaque objet », répondit le déménageur. « Notre entreprise ne veut pas être impliquée dans un litige. »

Margaret perdit son sourire.

Daniel s’approcha de moi.

« Tu as appelé qui ? »

« Mon avocate. »

« Tu avais déjà préparé tout ça ? »

« Depuis le jour où je vous ai entendus parler de me dépouiller de la maison. »

Il resta figé.

Je sortis alors une chemise contenant les documents que j’avais préparés. Une copie du titre de propriété, un inventaire des biens et les preuves d’achat des principaux meubles étaient soigneusement classés.

« Tu peux récupérer tes vêtements, tes effets personnels et les objets dont tu peux établir qu’ils t’appartiennent. Mais tu ne vas pas vider cette maison en prétendant que tout est à toi. »

Daniel parcourut les premières pages. Son visage se durcit.

« Tu savais donc que j’allais partir ? »

« Je savais que tu envisageais de partir. Je ne savais simplement pas que tu choisirais de le faire de cette manière. »

Margaret s’interposa.

« C’est une honte ! Après tout ce que mon fils a fait pour toi ! »

Je me tournai vers elle.

« Margaret, vous avez passé des mois à lui expliquer qu’il méritait mieux que moi. Vous avez réussi à le convaincre de mettre fin à notre mariage. Mais vous n’allez pas décider de ce que je dois abandonner pour vous faciliter la tâche. »

Daniel serra les mâchoires.

« Tu veux me faire passer pour un voleur ? »

« Je veux que tu partes avec ce qui est à toi. C’est tout. »

Les déménageurs attendirent. Après un appel à son propre conseil juridique, Daniel finit par leur demander de ne prendre que les biens personnels et les meubles dont il pouvait justifier la propriété.

Il partit en fin d’après-midi, accompagné de sa mère. Avant de franchir la porte, Margaret se retourna.

« Tu finiras seule, Emma. Et tu regretteras d’avoir humilié mon fils. »

Je la regardai sans colère.