— Et qui a négocié les conditions de cette entrée au capital ?

Un silence avait suivi.

Bernard avait fini par répondre :

— Antoine et moi avons avancé sur le dossier.

Je savais pourtant que le groupe d’investissement avait été présenté à l’entreprise par mon réseau professionnel. Je savais également que j’avais passé plusieurs semaines à étudier leur proposition.

Mais je n’avais pas insisté.

Quelques jours plus tard, j’avais reçu les documents définitifs.

En les parcourant, j’avais découvert une clause qui me préoccupait : les investisseurs exigeaient que la situation financière de l’entreprise soit clarifiée avant toute signature. Le prêt que j’avais accordé devait notamment être identifié correctement dans les comptes, avec son échéancier et ses garanties.

Or, les documents préparés par la direction présentaient cette somme comme un apport financier sans préciser clairement sa nature.

C’était une erreur sérieuse.

J’avais immédiatement demandé une réunion avec Bernard et Antoine.

— Nous devons corriger cela avant de signer quoi que ce soit, leur avais-je expliqué. Le contrat de prêt est parfaitement clair. Il faut que les comptes le reflètent.

Bernard avait soupiré.

— Tu compliques toujours les choses, Camille.

— Je protège simplement les intérêts de tout le monde.

Antoine avait alors pris la parole :

— On réglera ça après le dîner. Ce soir, on veut surtout célébrer.

J’avais trouvé cette réponse étrange.

Mais je n’imaginais pas encore qu’ils avaient préparé une autre surprise.

Le nom qui a fait pâlir Bernard

De retour dans le penthouse, j’ai sorti une chemise cartonnée de mon sac.

Je l’ai déposée devant Bernard.

— Puisque nous sommes tous réunis, je pense que nous devrions parler de cette opération.

Françoise a aussitôt secoué la tête.

— Ce dîner n’est pas une réunion professionnelle.

— C’est pourtant exactement ce que vous avez voulu en faire. Vous avez invité les investisseurs, les partenaires et plusieurs membres de la famille pour annoncer l’avenir de l’entreprise.

J’ai désigné les personnes assises à l’autre bout de la table.

Deux représentants du groupe d’investissement étaient présents. Ils avaient été invités par Bernard pour assister à la présentation officielle.

L’un d’eux, Monsieur Delcourt, a pris la parole.

— Pour être tout à fait honnête, nous pensions que Madame Moreau nous présenterait le dossier ce soir.

Françoise s’est tournée vers lui, surprise.

— Pourquoi Camille ?

Il a échangé un regard avec son collègue.

— Parce que c’est elle qui a dirigé les négociations préliminaires et qui représente notre interlocutrice principale dans cette opération.

Bernard a baissé les yeux vers la chemise.

Il savait désormais que je n’étais pas simplement l’épouse de son fils.

J’étais également la personne qui avait facilité le rapprochement entre son entreprise et le groupe d’investissement.

Mais ce n’était pas tout.

J’ai ouvert la chemise et sorti trois documents.

— Le premier est le contrat de prêt de 280 000 euros. Le deuxième est le relevé des remboursements déjà effectués. Le troisième est une proposition de régularisation comptable qui aurait dû être validée avant cette soirée.

Bernard a parcouru les pages.

— Tu comptes vraiment réclamer cet argent maintenant ?

— Je compte simplement faire respecter un contrat. Et je ne veux pas que les investisseurs découvrent une situation financière présentée de manière inexacte.

Antoine s’est immédiatement interposé.

— Camille, ce n’est pas ce qu’on avait prévu.

Je l’ai regardé.

— Et qu’avions-nous prévu exactement, Antoine ?

Il a hésité.

C’est alors qu’Élodie a pris la parole.

— Papa devait annoncer que tu avais accepté de convertir ton prêt en participation dans l’entreprise. C’était prévu depuis plusieurs semaines.

Je suis restée silencieuse quelques secondes.

Puis j’ai tourné la tête vers Bernard.

— Pardon ?

Il a tenté de s’expliquer.

— Nous pensions que tu serais d’accord. Cela aurait simplifié l’opération. Tu aurais obtenu des parts et tout le monde aurait été gagnant.

— Vous pensiez que j’allais abandonner une créance de 280 000 euros contre des parts dont la valeur n’a même pas été correctement évaluée ?

— Tu aurais fait partie de la famille, a murmuré Françoise.

Cette phrase m’a presque fait sourire.

— Je croyais justement que je faisais déjà partie de la famille.

Personne n’a osé me regarder.

La véritable raison de ma place au bout de la table

J’ai alors sorti un dernier document.

Il s’agissait d’un extrait du procès-verbal d’une réunion extraordinaire du conseil d’administration de la société.

Quelques semaines auparavant, Bernard avait sollicité mon avis sur la gouvernance de l’entreprise. Il souhaitait préparer sa succession professionnelle et envisageait de confier davantage de responsabilités à une nouvelle équipe.

Après plusieurs discussions, les actionnaires avaient voté une réorganisation.

Mon cabinet avait été choisi pour accompagner cette transition. Et, à la suite d’un accord distinct avec les actionnaires, j’avais accepté de devenir présidente du conseil d’administration de la holding qui devait superviser la nouvelle structure.