J’ai fait des pancakes pour Henry et moi, puis j’ai rangé le reste de la cuisine. Lorsque Megan est descendue avec Ellie et Max, elle a trouvé les bols, le lait et les céréales sur le comptoir.
— Oh, tu n’as pas préparé de petit-déjeuner pour tout le monde ? m’a-t-elle demandé.
Son ton n’était pas franchement agressif. Il exprimait surtout une surprise sincère, comme si elle avait supposé que les choses continueraient ainsi indéfiniment.
— Il y a des céréales, du lait et du pain. Tout est à disposition.
Elle a cligné des yeux.
— D’accord…
Puis elle s’est servie.
Je n’ai pas ajouté d’explication. Je n’ai pas fait de remarque désobligeante. Je n’ai pas cherché à lui faire comprendre ma colère par des gestes passifs-agressifs.
J’avais simplement décidé de ne plus prendre automatiquement en charge les besoins de tous les adultes présents dans cette maison.
Ce petit changement a pourtant suffi à rendre l’atmosphère étrange.
Megan avait trente-quatre ans. Elle était divorcée depuis un an et élevait Ellie et Max seule depuis sa séparation.
Je connaissais une partie de ses difficultés. Elle m’avait raconté ses disputes avec son ancien propriétaire, les frais juridiques qu’elle devait payer et les difficultés qu’elle rencontrait pour trouver un logement adapté à ses enfants.
Au début, j’avais sincèrement voulu l’aider.
Lorsqu’elle nous avait appelés, en expliquant qu’elle risquait de se retrouver sans toit pendant quelques jours, j’avais dit oui avant même de consulter Colin.
Je pensais que deux semaines suffiraient pour régler le problème.
J’avais même préparé la chambre d’amis, acheté des serviettes supplémentaires et laissé Megan utiliser mon bureau pour qu’elle puisse travailler sur son ordinateur.
Mais, au bout de deux semaines, elle m’avait annoncé que son propriétaire ne répondait plus à ses messages.
La semaine suivante, elle avait parlé d’un rendez-vous avec une association de logement.
Puis elle avait expliqué qu’elle attendait une réponse concernant un appartement.
À chaque fois, je m’étais dit que nous étions proches de la fin.
Pourtant, lorsque je lui demandais si elle avait obtenu une date ou une confirmation, ses réponses restaient vagues.
— Je fais de mon mieux, Tessa.
— Les choses prennent du temps.
— Je ne veux pas être un poids pour vous.
Cette dernière phrase me mettait particulièrement mal à l’aise.
Parce que Megan ne disait jamais qu’elle allait faire la vaisselle, contribuer aux courses ou chercher une solution temporaire différente. Elle disait qu’elle ne voulait pas être un poids, puis retournait dans la chambre où elle dormait avec Ellie.
Je ne voulais pas croire qu’elle profitait volontairement de nous. Mais je ne pouvais pas non plus continuer à faire comme si ses intentions suffisaient à résoudre les conséquences de sa présence.
Le plus difficile était que Colin ne semblait pas voir la différence.
Lorsqu’elle demandait de l’aide, il entendait une urgence.
Lorsqu’elle ne faisait aucun effort visible pour alléger notre quotidien, il parlait de sa situation compliquée.
Lorsqu’elle dépassait une limite, il me demandait d’être compréhensive.
Et lorsque je demandais simplement une date de départ, il me reprochait de manquer de compassion.
J’avais fini par me sentir coupable d’avoir besoin de ma propre maison.
Le samedi suivant, j’ai décidé de parler à Megan directement.
Colin était parti faire des courses avec Henry. Les enfants jouaient dans le salon, et Megan pliait du linge sur le canapé.
Je me suis assise en face d’elle.
— Megan, est-ce que nous pouvons parler quelques minutes ?
Elle a posé le tee-shirt qu’elle tenait.
— Bien sûr. Qu’est-ce qui se passe ?
J’avais préparé mes phrases dans ma tête. Je voulais être ferme sans être cruelle, précise sans l’humilier.
— Je sais que tu traverses une période difficile. Je ne regrette pas de t’avoir accueillie, mais nous sommes maintenant six dans une maison prévue pour trois chambres et quatre personnes. Ça devient compliqué pour notre famille, et je ne peux plus continuer sans savoir ce qui va se passer.
Elle a baissé les yeux.
— Colin t’a parlé de Noël ?
— Oui.
Elle a soupiré.
— Je lui ai dit que je ne savais pas combien de temps cela prendrait.
J’ai senti mon cœur accélérer.
— Donc tu n’as pas de date précise ?
— Pas encore.
— As-tu une confirmation écrite concernant le litige de bail ? Une réponse de l’association de logement ? Une demande en cours pour un appartement ?
Elle m’a regardée, visiblement surprise par mes questions.
— Pourquoi tu veux tous ces détails ?
J’ai pris une inspiration.
— Parce que nous avons accepté de t’héberger temporairement. Aujourd’hui, nous parlons de plusieurs mois supplémentaires, mais nous n’avons aucun plan concret. J’ai besoin de savoir où nous en sommes pour que nous puissions établir un calendrier réaliste.
Son visage s’est fermé.
— Je pensais que tu voulais nous aider.