— Tout est toujours là, disait-elle à quelqu’un. On fait ça vendredi. Après, il n’aura plus le choix.

Une voix féminine lui répondait :

— Et Claire ?

— Claire partira quand elle comprendra qu’elle ne peut pas avoir tout ce qu’elle veut.

Julien sentit un froid lui parcourir le dos.

Il avait d’abord pensé qu’Élodie voulait simplement récupérer de l’argent pour payer ses dettes. La vidéo suggérait autre chose : les deux femmes avaient peut-être également cherché à provoquer une rupture entre lui et Claire.

Les enquêteurs ne tirèrent pas de conclusion définitive de cette seule conversation. Ils devaient établir ce que les mots signifiaient et s’ils se rapportaient réellement au vol.

Mais Claire, elle, avait compris la portée possible de cette phrase.

— Elles voulaient que tu me choisisses, dit-elle à Julien. Pas parce qu’elles m’aiment ou me détestent. Parce qu’elles savaient que tu finirais par leur donner raison.

Il voulut protester.

Puis il se rappela toutes les fois où il lui avait demandé d’être patiente, de ne pas répondre, de ne pas gâcher les repas de famille.

— Je suis désolé, murmura-t-il.

Claire secoua la tête.

— Je ne peux plus vivre uniquement avec tes excuses. J’ai besoin de voir ce que tu vas faire quand elles recommenceront à te demander de choisir.

Julien acquiesça.

Pour une fois, il n’essaya pas de négocier un délai.

Le véritable plan d’Élodie

Le troisième jour, Élodie accepta de rencontrer les enquêteurs après avoir appris que les enregistrements avaient été transmis.

Elle arriva accompagnée d’un avocat. Elle nia d’abord avoir voulu séparer Julien et Claire.

Puis les policiers lui présentèrent des éléments recueillis au cours de leurs vérifications : des messages concernant la clé du coffre, des échanges avec l’intermédiaire et des conversations dans lesquelles elle évoquait les dettes qu’elle devait rembourser.

Elle finit par reconnaître avoir pris l’or avec l’aide de sa mère.

Elle affirma toutefois que Monique avait conçu le plan et qu’elle-même n’avait fait qu’accepter de l’aider.

Selon ses déclarations, Monique lui avait expliqué qu’en récupérant les pièces, elles pourraient forcer Julien à leur donner une partie de l’argent. Elles comptaient ensuite prétendre que le coffre avait été vidé pour régler une dette familiale ancienne.

Mais ce n’était pas tout.

Élodie avait également accumulé des dettes liées aux paris en ligne. Elle avait perdu une somme importante qu’elle avait empruntée à plusieurs personnes, dont l’intermédiaire qui avait proposé de récupérer les pièces d’or.

Elle avait besoin d’argent rapidement.

Monique, au courant de la situation, avait décidé d’intervenir sans demander l’autorisation de Julien ou de Claire.

Elle avait ensuite envisagé d’utiliser le conflit pour pousser son fils à reprendre le contrôle des finances du couple. Si Claire s’opposait à elle, Monique pourrait la présenter comme une femme qui cherchait à éloigner Julien de sa famille.

Le projet reposait sur une certitude : Julien finirait par céder pour éviter un scandale.

Élodie confirma qu’elle avait participé au vol. Elle ne pouvait cependant pas expliquer avec précision où se trouvait chaque pièce, ni prouver que sa mère lui avait révélé toutes les étapes du plan.

Les enquêteurs poursuivirent donc leurs vérifications, notamment pour identifier les personnes ayant reçu ou acheté l’or.

Pour Julien, l’explication était presque plus douloureuse que le vol lui-même.

Sa mère et sa sœur avaient exploité sa faiblesse la plus ancienne : sa peur de les décevoir.

Elles avaient compté sur le fait qu’il préférerait perdre son argent, sa tranquillité et peut-être son mariage plutôt que de leur dire non.

Cette fois, elles s’étaient trompées.

Le retour de Monique

Quelques jours plus tard, Monique demanda à voir Julien.

Il accepta une rencontre dans un lieu neutre, avec Claire présente et après avoir consulté son avocat.

Sa mère arriva sans sac, sans légumes et sans son habituelle expression de victime.

— Je sais que tu m’en veux, dit-elle.

Julien ne répondit pas.

— J’ai fait une erreur.

Claire la regarda.

— Une erreur, c’est se tromper de chemin. Vous avez ouvert un coffre, pris des biens qui ne vous appartenaient pas et préparé des explications pour dissimuler ce que vous faisiez.

Monique serra les lèvres.

— Je voulais aider Élodie.

— En prenant ce qui appartenait à votre fils et à votre belle-fille ?

— C’est ma fille aussi !

— Et moi, je suis votre fils, répondit Julien. Pourquoi ma vie et celle de Claire comptaient-elles moins que ses dettes ?

Monique détourna le regard.

Pendant plusieurs secondes, elle sembla chercher une justification qui pourrait encore le ramener de son côté.

— Je pensais que tu comprendrais.

— C’est exactement ce que tu as toujours pensé. Que je comprendrais, que je pardonnerais et que je finirais par arranger les choses.

Il inspira profondément.