Il passa une main sur son visage.

— Elle a besoin de nous. Tu sais à quel point elle est seule depuis la mort de papa.

Je connaissais son histoire. Je savais que Diane avait perdu son mari deux ans plus tôt. Je savais aussi que cette période avait été difficile pour elle. J’avais même passé plusieurs week-ends à l’aider à trier ses papiers et à l’accompagner à ses rendez-vous.

Mais la solitude de Diane ne lui donnait pas le droit de s’installer chez nous sans discussion.

— Je suis prête à l’aider à trouver une solution, Mark. Je peux participer à une recherche de logement, l’aider à examiner son budget ou l’accompagner dans ses démarches. Mais je ne veux pas vivre avec elle.

Il me fixa, incrédule.

— Tu es sérieuse ?

— Absolument.

— Alors tu me demandes de choisir entre ma mère et ma femme ?

Je sentis quelque chose se briser une nouvelle fois en moi.

— Non. Je te demande de choisir entre respecter ton mariage et prendre des décisions seul. Ta mère n’est pas mon ennemie. Mais je refuse d’être la seule personne à devoir sacrifier son confort, son intimité et son quotidien.

Mark resta silencieux.

Je continuai :

— Tu as dit que ton bureau pouvait rester à l’étage parce que tu travaillais à la maison moins souvent. Tu as décidé que ma pièce pouvait être récupérée parce que tu estimais que j’en avais moins besoin. Tu as même accepté que ta sœur conserve son bureau. Tu as distribué les espaces de notre maison sans jamais me demander ce que j’en pensais.

— Je voulais simplement aider maman.

— Alors pourquoi ne lui as-tu pas proposé de venir vivre chez Lisa ?

Il détourna les yeux.

— Lisa a été très claire. Elle ne veut pas de quelqu’un chez elle.

— Et moi, j’ai été très claire aussi. Sauf que tu n’as pas jugé nécessaire de m’écouter.

À cet instant, la sonnette retentit.

Mark alla ouvrir. Diane entra, suivie de Lisa. Ma belle-mère avait les yeux rouges.

— Mark, je ne veux pas être la cause d’une dispute entre vous, dit-elle. Mais je ne peux pas retourner dans mon ancien appartement. J’ai déjà tout quitté.

Je regardai mon mari.

— Tu vois ? Tu lui as fait une promesse que tu n’avais pas le droit de faire.

Mark semblait pris au piège entre sa mère et moi.

Lisa intervint aussitôt :

— Bon, on ne va pas passer la soirée à discuter. Il faut juste décider où mettre les affaires de maman.

Je pris une inspiration.

— Les affaires resteront dans la voiture jusqu’à ce que nous ayons trouvé une solution temporaire. Diane peut passer la nuit à l’hôtel si nécessaire. Demain, nous chercherons un logement adapté à son budget.

— Un hôtel ? répéta Diane, blessée. Tu veux que je dorme dans un hôtel alors que mon fils a une maison ?

— Je veux que personne ne soit forcé de vivre dans une situation qu’il n’a pas acceptée.

Mark se tourna vers moi.

— Tu pourrais au moins faire un effort.

— J’en ai fait pendant des années. Mais un effort ne signifie pas renoncer à avoir mon mot à dire.

Je sortis mon téléphone et ouvris une application de réservation. Je trouvai un hôtel à proximité et réservai une chambre pour Diane pour deux nuits, le temps que nous puissions discuter calmement de la suite.

Mark me regarda faire.

— Tu vas payer son hôtel ?

— Oui. Pour qu’elle ne se retrouve pas sans solution ce soir. Mais ne confonds pas cette aide avec un accord pour qu’elle emménage ici.

Diane prit son sac à main sans un mot.

Lisa, elle, ne pouvait toujours pas accepter la situation.

— C’est ridicule. Tu vas vraiment laisser ta belle-mère dans un hôtel pour protéger ton petit bureau ?

Je levai les yeux vers elle.

— Non, Lisa. Je refuse simplement que mon mariage devienne une organisation où tout le monde décide de ce que je dois abandonner, sauf moi.

Le lendemain matin, j’ai pris un jour de congé. Mark et moi avons accompagné Diane pour visiter deux petits appartements situés à proximité de chez nous. Le premier était trop cher. Le second était plus modeste, mais lumineux, avec un balcon et un ascenseur.

Diane semblait hésiter.

— Je ne sais pas si je peux me permettre tout ça.

Mark proposa de participer à une partie du loyer pendant quelques mois, le temps qu’elle réorganise ses finances. J’étais d’accord, à condition que cette aide soit définie ensemble et qu’elle ne devienne pas une charge illimitée.

Lisa, en revanche, refusa de contribuer.

— J’ai mes propres dépenses, déclara-t-elle au téléphone.

Je ne fis aucun commentaire. Je me contentai de regarder Mark. Il semblait enfin comprendre ce que j’avais ressenti la veille.