Le document prétendait autoriser Marc à effectuer certaines opérations sur mes placements.
— Je ne l’ai jamais signé.
— Alors il faut le contester immédiatement et prévenir l’établissement concerné.
Elle m’a expliqué les démarches à engager pour sécuriser mes comptes et mes biens. Nous avons également organisé la vérification de plusieurs demandes récentes concernant mes dossiers financiers.
En sortant de son étude, mes jambes tremblaient.
Ce n’était plus seulement une question de mariage, de confiance ou de jalousie.
Quelqu’un essayait de prendre le contrôle de ma vie en me présentant comme une femme qui ne pouvait plus décider pour elle-même.
Et Marc avait tout intérêt à ce que je doute de mon propre esprit.
Deux jours plus tard, la police m’a demandé de venir au commissariat.
Denise était toujours hospitalisée, mais son état s’était stabilisé. Les premiers éléments médicaux avaient confirmé qu’elle avait subi une intoxication. Les analyses complémentaires devaient encore préciser la substance et son origine.
Les enquêteurs avaient récupéré les bols, le sachet retrouvé sur les lieux et les témoignages des personnes présentes.
Ils m’ont également appris que Marc avait donné plusieurs versions différentes de ce qui s’était passé.
D’abord, il avait affirmé n’avoir rien ajouté à la soupe.
Ensuite, il avait reconnu avoir versé une poudre, prétendant qu’il s’agissait d’un complément alimentaire destiné à Denise.
Enfin, il avait déclaré ne plus se souvenir exactement de ce qu’il avait mis dans le bol.
— Nous vérifions ses déclarations, m’a expliqué l’enquêtrice. Nous ne pouvons pas encore vous donner toutes les conclusions, mais nous prenons vos accusations au sérieux.
Puis elle a posé devant moi une impression de messages.
Certains provenaient du téléphone de Marc. D’autres avaient été transmis par Aline.
Dans une conversation avec Julien, mon beau-frère, Marc écrivait :
« Si Claire continue à refuser, il faudra accélérer. Une fois le dossier médical établi, la banque ne discutera plus. »
Julien avait répondu :
« Et les biens ? »
Marc :
« Tout sera géré par moi. C’est la seule solution. »
J’ai senti ma gorge se serrer.
Mais un autre message a attiré mon attention.
Il avait été envoyé plusieurs semaines auparavant, par Julien lui-même.
« Tu m’avais promis que tu ne toucherais pas à sa maison. »
Marc avait répondu :
« Tu as déjà reçu ce que tu voulais. Ne viens pas me donner des leçons maintenant. »
Je me suis tournée vers l’enquêtrice.
— Qu’est-ce que cela signifie ?
— Nous cherchons à le déterminer.
Je suis restée silencieuse.
Julien était celui qui m’avait toujours semblé le plus raisonnable dans cette famille. Il m’avait aidée à déménager, m’avait accompagnée après le décès de ma mère et avait même plaisanté avec moi au sujet de nos disputes conjugales.
Je ne comprenais pas ce qu’il avait reçu.
Mais je savais désormais que Marc n’agissait peut-être pas seul.
Le soir suivant, Julien s’est présenté chez Aline.
Il avait les traits tirés et les mains agitées.
— Claire, je dois te parler.
Je suis restée dans l’encadrement de la porte.
— Parle.
Il a regardé Aline, puis moi.
— Marc m’a demandé de l’aider avec les papiers. Il disait que tu n’allais pas bien, que tu risquais de dilapider ton patrimoine et qu’il fallait protéger la famille.
— Quelle famille ?
Il a baissé les yeux.
— Il m’a proposé de me rembourser un prêt.
— Quel prêt ?
Julien a avalé difficilement sa salive.
— J’avais des dettes. Il m’a donné de l’argent. En échange, je devais confirmer que tu avais des épisodes de confusion et que tu n’étais plus capable de gérer tes comptes.
Je l’ai fixé sans répondre.
— Tu savais que je n’avais pas signé la procuration ?
Il a hoché la tête.
— Oui.
— Tu savais qu’il voulait utiliser un dossier médical pour prendre le contrôle de mes biens ?
— Je pensais qu’il voulait seulement t’aider.
— Et la poudre dans la soupe ?
Il a reculé.
— Je ne savais pas pour ça.
Je voulais le croire. Mais, pour la première fois, je ne confondais plus ses larmes avec la vérité.
— Pourquoi ne m’as-tu pas prévenue ?
Il s’est effondré sur une chaise.
— Parce que j’avais peur. J’avais besoin de cet argent. Et Marc m’a dit que si je parlais, il raconterait à tout le monde que j’avais volé de l’argent à ma propre femme.
Aline a croisé les bras.
— Alors tu as préféré laisser Claire se faire détruire à ta place ?
Julien n’a pas répondu.
Je l’ai regardé longtemps.
— Tu aurais pu me prévenir. Tu aurais pu me dire la vérité. Tu as choisi de me laisser seule.
Il s’est mis à pleurer.
Je n’ai pas éprouvé de satisfaction à le voir ainsi. Seulement une fatigue immense.