— Tu vas le regretter.

Elle monta à l’étage.

Antoine attendit d’entendre la porte de leur chambre se fermer avant de reprendre son téléphone.

Il ajouta cet incident à son compte rendu destiné à son avocat.

Il ne voulait plus d’explications données à huis clos, puis oubliées le lendemain.

Le lendemain matin, les policiers examinèrent les éléments qu’Antoine leur avait signalés. Les circonstances de la découverte du collier furent réévaluées, et les images furent conservées pour être analysées.

De son côté, Antoine se rendit au commissariat pour compléter sa déclaration.

Il y apprit qu’Inès avait maintenu depuis le début qu’elle n’avait pas volé le bijou. Elle avait également expliqué qu’elle avait trouvé Lucas enfermé dans le débarras et qu’elle l’avait libéré dès qu’elle avait compris qu’il ne pouvait pas sortir seul.

Ce qu’elle ignorait, c’était qu’une caméra avait enregistré son arrivée.

Antoine demanda à la rencontrer, mais elle refusa dans un premier temps.

Il ne protesta pas.

Il comprenait qu’après avoir été menottée devant les enfants dont elle s’occupait, elle n’avait aucune raison de lui accorder immédiatement sa confiance.

Quelques heures plus tard, son avocat lui transmit une nouvelle information : Inès avait accepté de fournir sa version des faits aux enquêteurs et souhaitait que les images soient examinées avant toute autre décision concernant l’accusation de vol.

Antoine apprit également que les policiers n’avaient pas établi, à ce stade, qui avait placé l’écrin dans le sac de la jeune femme. Les enregistrements pouvaient éclairer cette question, mais ils devaient être étudiés dans leur contexte.

Pourtant, une chose était déjà claire : Sophie avait omis de mentionner qu’elle était entrée dans la chambre d’Inès avant d’appeler la police.

Et cette omission changeait tout.

Ce soir-là, Antoine retrouva ses fils chez Claire.

Théo se précipita vers lui, mais Lucas resta derrière sa tante.

Antoine s’accroupit à distance, sans essayer de l’attirer contre lui.

— Je ne vais pas vous gronder, dit-il. Et vous n’êtes pas obligés de me raconter quoi que ce soit maintenant.

Lucas serra un petit dinosaure contre sa poitrine.

— Tu as vu la porte ?

Antoine sentit sa gorge se serrer.

— Oui.

— Tu sais pourquoi maman la ferme ?

Il hésita.

Il aurait voulu répondre immédiatement. Dire que tout était terminé, que personne ne leur ferait plus peur, que leur mère ne recommencerait jamais.

Mais il ne pouvait pas promettre ce qu’il ne maîtrisait pas encore.

— Je ne sais pas tout, mon grand. Mais je vais chercher à comprendre. Et je vais faire en sorte que vous soyez en sécurité.

Théo s’assit à côté de son frère.

— Maman dit qu’on ne doit pas parler de la pièce bleue.

Antoine ne demanda pas pourquoi.

Il ne demanda pas ce que Sophie leur avait dit, ni ce qui s’était passé pendant ces vingt-sept minutes. Il se contenta de leur laisser le temps.

Lucas finit par murmurer :

— Quand on est méchants, elle nous enferme dedans. Elle dit que personne ne viendra nous chercher.

Antoine baissa les yeux.

Le plus terrible n’était pas seulement qu’un enfant ait pu être enfermé dans une pièce sombre pour être puni.

C’était qu’il ait fini par croire que personne ne viendrait.

— Moi, je viendrai, dit Antoine. Vous n’avez pas besoin d’être parfaits pour que je vienne vous chercher. Vous n’avez pas besoin d’être sages pour mériter qu’on vous protège.

Lucas se jeta dans ses bras.

Antoine le serra doucement, tandis que Théo venait s’accrocher à son épaule.

Et, pour la première fois depuis des mois, les jumeaux cessèrent de regarder derrière eux.

Les jours suivants furent difficiles.

Sophie quitta temporairement la maison pendant que les adultes concernés organisaient la protection des enfants et que les faits étaient examinés. Les dispositions familiales furent discutées avec les conseils juridiques nécessaires. Antoine ne chercha pas à régler la situation par une simple promesse ou une dispute conjugale.

Les enquêteurs poursuivirent leurs vérifications.

Les images montrant Sophie entrant dans la chambre d’Inès, puis celles de Lucas conduit dans la pièce bleue, furent examinées avec les autres éléments disponibles. Le témoignage d’Inès fut recueilli. La question du collier resta soumise à l’enquête, et Antoine comprit qu’il ne pouvait pas transformer ses soupçons en verdict avant que les faits soient établis.

Mais il n’attendit pas la fin de l’enquête pour écouter ses enfants.

Avec l’aide de professionnels habitués à accompagner les enfants confrontés à des situations familiales difficiles, il leur permit de parler sans pression. Il apprit qu’ils avaient caché leur peur parce qu’ils craignaient que leur mère se mette davantage en colère s’ils racontaient ce qui se passait.

Il découvrit aussi que Théo avait commencé à surveiller les humeurs de Sophie pour protéger son frère.

À sept ans, son fils avait pris l’habitude de se comporter comme un adulte.

Cette découverte bouleversa Antoine plus que tout le reste.