À l’aube, nous avions contacté les autorités et transmis les éléments dont nous disposions. La situation devait être traitée avec prudence : nous ignorions où se trouvait Lucía, qui la détenait et si les menaces provenaient réellement de mes parents ou d’une autre personne.
Diego organisa également une vérification de l’adresse et des informations liées à l’ancienne maison de San Miguel.
Puis il découvrit quelque chose.
L’adresse correspondait à une propriété autrefois liée à une société de construction qui avait fait faillite plusieurs années auparavant.
Cette société avait appartenu à mon père.
Je sentis un froid me parcourir le dos.
— Il m’a dit que nous n’étions pas venus parler du passé, murmurai-je.
— Il est possible que ce soit précisément ce qu’il veut faire, répondit Diego.
Il avait retrouvé des traces publiques d’un ancien litige commercial. La société de mon père avait accumulé des dettes, puis certains de ses actifs avaient été transférés ou vendus dans des circonstances contestées. Mais les documents disponibles ne permettaient pas encore de savoir si ces opérations étaient irrégulières.
Ce que nous pouvions établir, en revanche, c’était que mon père avait connu des difficultés financières importantes.
Et que le nom de don Ernesto apparaissait dans certains documents de l’époque.
Je relus les pages plusieurs fois.
Don Ernesto avait-il autrefois fait affaire avec mon père ?
Pourquoi ne m’en avait-il jamais parlé ?
Diego me rappela que la présence d’un nom dans un dossier ne prouvait rien à elle seule. Nous devions retrouver les contrats originaux avant de tirer des conclusions.
Pour la première fois depuis la veille, j’eus le sentiment que mon père ne s’était pas contenté de me retrouver pour réclamer de l’argent.
Il voulait quelque chose que j’avais hérité.
Et Lucía était peut-être le moyen qu’il avait choisi pour m’y contraindre.
À neuf heures, je reçus un troisième message.
« Il dit que tu vas signer. Je ne veux pas que tu lui donnes quoi que ce soit. Il ment depuis le début. »
Je répondis immédiatement.
« Lucía, où es-tu ? Es-tu blessée ? »
Les trois petits points apparurent, disparurent, puis revinrent.
« Je suis dans la maison. Je peux écrire quelques secondes. Il surveille mon téléphone. »
Je sentis mes mains devenir moites.
« Qui est avec toi ? »
Sa réponse arriva presque aussitôt.
« Papa. Maman aussi. Mais il y a un autre homme. Je crois qu’ils ont peur de lui. »
Je fixai l’écran.
Mes parents n’avaient pas simplement retrouvé Lucía. Ils étaient avec elle.
« Pourquoi t’ont-ils fait du mal ? »
Cette fois, la réponse mit plusieurs minutes à venir.
« Parce que j’ai trouvé les papiers. »
Puis plus rien.
Je voulus l’appeler, mais Diego m’arrêta.
— Si son téléphone est surveillé, nous risquons de compromettre sa sécurité.
Il me demanda de lui montrer les messages. Il les fit transmettre aux autorités chargées du signalement, puis nous attendîmes des instructions.
Attendre était insupportable.
J’avais passé dix-neuf ans à chercher Lucía. Maintenant qu’elle était à portée de voix, je devais accepter de ne pas courir immédiatement vers elle.
Je me levai et marchai jusqu’à la fenêtre.
— Je ne la laisserai pas une seconde fois.
Diego resta silencieux un instant.
— Tu ne l’as jamais laissée, Valeria. Tu avais douze ans. C’étaient les adultes qui devaient vous protéger.
Ces mots me frappèrent plus fort que je ne l’aurais cru.
Pendant des années, j’avais porté une culpabilité absurde : celle de ne pas avoir été assez forte pour garder ma sœur près de moi. Je m’étais demandé si j’aurais dû courir plus vite, frapper plus fort à la porte des services sociaux ou trouver un moyen de la chercher plus tôt.
Je compris alors que mon père avait réussi à me faire porter une partie de sa faute pendant presque toute ma vie.
Je ne lui donnerais pas le reste.
À midi, Diego reçut un appel d’un enquêteur avec lequel les autorités avaient coordonné les premières vérifications.
Un véhicule avait été repéré près de la propriété. D’autres éléments étaient en cours de vérification. Il ne pouvait pas nous promettre une intervention immédiate ni nous communiquer tous les détails, mais il nous demanda de rester disponibles et de ne pas nous rendre sur place.
Je détestais cette attente.
Pourtant, je savais que la précipitation pouvait transformer une situation déjà dangereuse en catastrophe.
Nous avons ensuite reçu une photographie de plusieurs pages de documents.
Mon père avait envoyé un message depuis un numéro inconnu :
« Tu as jusqu’à dix-huit heures. Apporte le dossier bleu et signe l’accord. Sinon, tu ne reverras pas ta sœur. »
L’accord était joint à la photographie.
Je lus le titre, puis les premières clauses.