Pour la première fois de la soirée, Cédric ne chercha pas à se justifier.

Avant de partir, Françoise demanda si elle pourrait revoir les enfants. Je lui répondis que nous pourrions en reparler après les fêtes, à condition que les choses se fassent calmement et sans promesses irréalistes.

Dans la voiture, Inès me demanda :

— Maman, pourquoi tout le monde regardait papa comme ça ?

Je lui caressai les cheveux.

— Parce que les adultes ont parfois des choses importantes à apprendre. Mais ce n’est pas à vous de les régler.

Adam, qui avait tout observé, demanda :

— Est-ce qu’on le reverra ?

— Je ne sais pas encore, mon chéri. S’il veut vraiment vous connaître, il devra le montrer avec du temps et des actes.

Les semaines suivantes, Cédric contacta un avocat pour connaître ses droits et les démarches nécessaires. Nous avons accepté une médiation afin d’organiser les choses dans l’intérêt des enfants. Les premières rencontres furent courtes, dans un cadre rassurant, et aucun des quatre ne fut obligé de l’appeler « papa » avant d’en avoir envie.

Cédric dut aussi entendre des questions difficiles. Pourquoi n’était-il pas venu à leur naissance ? Pourquoi n’avait-il jamais envoyé de carte ? Pourquoi ne connaissait-il pas leurs anniversaires ?

Il ne trouva pas toujours les bons mots. Mais, cette fois, il resta pour écouter.

Je ne lui ai jamais pardonné en une soirée. Je n’en avais d’ailleurs pas besoin pour avancer. Ma vie ne dépendait plus de ses regrets.

Un an après ce réveillon, les enfants décorèrent notre sapin dans notre propre maison. Quatre étoiles furent accrochées tout en haut, une par enfant. Cédric avait participé à une partie des préparatifs, après avoir gagné progressivement leur confiance.

Je les regardai rire et me rappelai la femme de vingt-neuf ans qui avait cru que son monde s’écroulait lorsque son mari avait claqué la porte.

Elle ignorait alors qu’elle serait capable d’élever quatre enfants, de reconstruire sa vie et de leur offrir un foyer rempli d’amour.

Ce soir-là, Cédric avait voulu me montrer qu’il avait une vie de rêve sans moi. Mais il avait découvert que je n’étais pas venue pour comparer nos vies.

J’étais venue avec la mienne.

On peut abandonner une famille, mais on ne peut pas effacer les conséquences de son absence. Et lorsqu’on revient, ce ne sont pas les regrets qui donnent une place dans le cœur des enfants : ce sont la patience, la sincérité et les actes.