— Toutes, répondit Claire. Et cette fois, je ne veux plus qu’on me demande d’être indulgente parce qu’il est mon fils.
Au bout du fil, Maître Lambert ne posa aucune question inutile.
— D’accord. Mais avant tout, Claire, êtes-vous en sécurité ?
Claire regarda la bouteille d’eau, toujours posée hors de sa portée.
— Non. Il m’a laissée à l’étage sans fauteuil roulant, sans moyen de descendre et sans personne pour m’aider.
Le ton de l’avocate changea immédiatement.
— Ne bougez pas. Je contacte les secours et je viens vous rejoindre.
En moins d’une heure, les secours arrivèrent à la maison. Claire fut examinée, puis transportée pour recevoir les soins nécessaires. Les intervenants constatèrent qu’elle avait été laissée dans une situation dangereuse et recueillirent ses déclarations. Elle leur expliqua également la vente de son fauteuil, dont elle conserva le bon de commande et les documents médicaux prouvant qu’il était indispensable à sa mobilité.
Maître Lambert arriva peu après.
Elle trouva Claire assise sur un lit d’hôpital, épuisée, mais déterminée.
— Je veux rentrer chez moi, dit Claire.
— Vous y retournerez. Mais pas dans les mêmes conditions, répondit l’avocate. Il faut d’abord garantir votre sécurité et organiser une aide adaptée.
Claire acquiesça.
— Et Julien ?
— Nous allons traiter chaque problème séparément. La vente du fauteuil, l’accès à vos comptes, les conditions dans lesquelles vous avez été laissée seule et les éventuelles irrégularités financières. Nous conserverons les preuves et laisserons les autorités établir les responsabilités.
Claire serra les lèvres.
— Il pense que je ne peux rien faire parce que je ne peux pas marcher.
— Alors nous allons lui rappeler que ces deux choses n’ont rien à voir.
Dès le lendemain, l’avocate entreprit les démarches nécessaires. Elle fit vérifier les pouvoirs bancaires accordés à Julien, demanda la sécurisation des comptes de Claire et contacta les organismes concernés pour organiser le remplacement de son fauteuil. Les mesures portant sur la maison et les biens immobiliers furent examinées selon les actes existants, sans rien modifier en dehors du cadre légal.
Car Henri avait prévu plusieurs protections.
La maison appartenait à une société civile immobilière dont Claire conservait le contrôle. Julien n’en était ni le propriétaire ni le gérant. Il avait été autorisé à y vivre pour aider sa mère, et non pour disposer librement des biens.
Quant aux comptes professionnels, ils étaient distincts du patrimoine personnel de Claire. Aucun titre ne donnait à Julien le droit de se servir de l’argent familial comme d’une réserve pour financer ses loisirs.
Pendant ce temps, Claire ne resta pas seule. Une auxiliaire de vie fut organisée pour l’accompagner, et une solution temporaire lui permit de retrouver un environnement accessible. Son fauteuil fut remplacé après vérification des options de financement et des démarches nécessaires.
Deux jours plus tard, Julien rentra de Palma.
Il avait passé six jours à publier des photos de plages, de cocktails et de restaurants. Il s’attendait à retrouver sa mère dans sa chambre, prête à lui reprocher son absence avant de lui demander de l’aider à descendre.
Mais, dès qu’il introduisit sa clé dans la serrure, il comprit que quelque chose avait changé.
La clé ne tournait plus.
Il essaya une seconde fois, puis frappa violemment à la porte.
— Maman ! Ouvre !
Aucune réponse.
Il contourna la maison et aperçut une voiture stationnée près de l’entrée. Une femme qu’il connaissait bien se tenait sur le perron : Maître Lambert.
À côté d’elle, un serrurier rangeait ses outils.
Julien s’approcha, furieux.
— Qu’est-ce que vous faites chez moi ?
L’avocate le regarda calmement.
— Cette maison n’est pas à vous, Monsieur Delaunay.
— Ma mère habite ici !
— Votre mère en est l’occupante légitime et elle a pris des mesures pour assurer sa sécurité. Vous ne pouvez pas entrer comme si vous disposiez d’un droit illimité sur ses biens.
Julien eut un rire nerveux.
— C’est une plaisanterie ? Elle ne sait même pas gérer ses propres affaires !
— Votre mère est parfaitement capable de prendre ses décisions. Et elle est actuellement accompagnée par des professionnels.
Il sortit son téléphone et appela Claire.
Elle décrocha après la deuxième sonnerie.
— Maman, qu’est-ce que c’est que cette histoire de serrures ?
— Bonjour, Julien.
— Tu m’as fait changer les serrures ?
— Oui.
— Tu veux me mettre dehors ? Après tout ce que j’ai fait pour toi ?
Claire ferma les yeux un instant. Elle avait attendu ces mots, mais les entendre lui fit tout de même mal.
— Tu as vendu mon fauteuil roulant, Julien. Tu savais que je ne pouvais pas descendre seule. Et tu m’as laissée sans assistance pour partir en vacances.
— Tu dramatises ! Il suffisait d’attendre quelques jours !